lundi 8 février 2016

Oui, la Torah est utile pour les chrétiens!!

Cette affirmation est celle que suggère différents passages du Nouveau Testament aux chrétiens qui le lisent, sa rare utilité aurait été juste de prédire la venue de Jésus. 

Nous ne pouvons souscrire à une telle affirmation pour plusieurs raisons. D'abord cette conclusion n'est énoncée nulle part dans les évangiles, même si en quelques endroits celle-ci est suggérée; ensuite, celui qui l'affirme est Paul, sous prétexte que la Loi ne sauve pas.

Paul quand il dit que le salut provient seulement de Jésus, se contente de plagier Philon d'Alexandrie qui affirme que la salut provient du Verbe-Logos (identifié à Jésus par Jean et Paul), mais ce que Paul oublie dans les affirmations de Philon c'est que la Torah prépare l'homme à être sauvé par le Logos. Paul fait partie de ces gens qui croient que la progression spirituelle se fait de rien à tout, un peu comme Athéna qui sort armée et adulte du crâne de Zeus. 

Le rejet de la Torah par le Nouveau Testament est en réalité une concession des chrétiens à l'Empire romain. En effet, l'État romain considérait que la Torah faisait obstacle à l'application du droit romain, puisqu'elle contient un droit concurrent en quelque sorte. En plus, l'État romain considérait que la Torah poussait les Juifs et les judaïsants à se révolter contre Rome. Les Romains reprochaient encore aux Juifs et aux judaïsants qu'en suivant la Torah, ils contrevenaient aux lois romaines. En effet, à partir de 130, la circoncision est assimilée dans le droit romain à une castration et donc interdite, elle ne redeviendra légale que sous le règne d'Antonin le Pieux et encore, pas complètement, puisqu'elle reste interdite aux convertis au judaïsme; elle n'est donc autorisée qu'aux bébés nés de parents Juifs. Enfin, la Torah poussait les Juifs et les judaïsants à adopter des mœurs différentes de celle de l'ensemble du monde romain: les Romains ne se reposent pas le septième jour, ils ne se reposent jamais d'ailleurs, et donc, le repos du sabbat est pour eux une simple fainéantise; ils sont tout autant critiques sur les pratiques alimentaires juives et sur les règles de pureté qui obligent les Juifs à s'isoler des autres citoyens romains. 

Et soudainement vint le christianisme qui affirme croire au même Dieu que les Juifs, qui abroge la Torah assimilée à un Ancien Testament, autrement dit qui oblige les chrétiens à être fidèles à Rome, à ne plus pratiquer la circoncision, à ne plus se reposer le jour du sabbat et à ne plus s'isoler pour pratiquer des règles de pureté. 

À bien y regarder, si l'Empire romain avait dû constituer un judaïsme pacifique envers Rome, il n'aurait pas été très différent du christianisme. 

En plus, comme dans le christianisme, Jésus est le messie et qu'il est déjà venu, plus besoin de suivre un faux messie comme bar kokheba qui a fait une dure révolte contre Rome.

Lorsqu'on lit bien les évangiles, on constate que Jésus reproche aux pharisiens d'avoir des prescriptions orales qui s'opposent à la lettre de la Torah, et qu'il rejette pour cette raison; si Jésus défend l'interprétation littérale de la Torah, il est clair qu'il ne l'abroge pas.

On a trouvé quelques fragments d'un évangile inconnu que l'on a appelé évangile d'Egerton, du nom de son propriétaire. Sans entrer dans les détails de ce texte, tous les critiques sont d'accord pour admettre qu'il s'agit d'un pré-évangile qui date des années 120–140 (notons que les savants chrétiens tentent au mépris de la réalité de ce texte de la faire passer pour un document qui daterait des années 50, en effet comment expliquer qu'en 120–140 circule un évangile primitif, alors que les quatre évangiles sont censés déjà circuler depuis plus de 60 ans. Plusieurs passages des évangiles montrent qu'ils contiennent des allusions à la seconde guerre judéo-romaine et prouve que les évangiles ne prirent leur forme définitive qu'après 140.) Mais revenons à l'évangile d'Egerton qui contient l'histoire du lépreux guéri par Jésus que l'on retrouve en Marc 1, 40–45, Matthieu 8, 2–4 et Luc 5, 12–16. Néanmoins, plusieurs différences existent entre le papyrus d'Egerton et les versions des synoptiques. Dans le papyrus d'Egerton, Jésus ne touche pas le lépreux, il se tient à distance et le guérit à distance. La Torah interdit à un homme de s'approcher d'un lépreux et a fortiori de le toucher. Dans le cas où Jésus touche le lépreux, il renie la Torah, dans le cas où il le guérit à distance, il se conforme pleinement aux prescriptions de la Torah et donc la confirme. 

D'autres passages montrent les réécritures dans les évangiles, nous pensons par exemple aux moments pour jeûner (Mt 9, 14–15; Mc 2, 18–20 et Luc 5, 33–35), en effet la conclusion de Jésus n'a guère de sens, la question est pourquoi ses disciples ne jeûnent-ils pas à ce moment précis, or on sait que le judaïsme est en tension entre écoles sur des questions de calendrier: les uns estiment qu'il faut suivre le calendrier solaire les autres estiment qu'il faut suivre un calendrier luni-solaire. 

On peut aussi songer à la discussion sur les épis arrachés pendant le sabbat (Matthieu 12, 1–8; Mc 2, 23–28; et Luc 6, 1–5), plusieurs spécialistes ont montré que la discussion n'a guère de sens et estiment que la discussion primitive ne concernait pas le fait d'arracher des épis pendant le sabbat, mais bien d'arracher des épis pendant la période de l'omer (dite des sept sabbats) et d'en manger avant que la part réservée au Temple ait été prélevée. Il est facile de comprendre qu'il s'agit en réalité d'hommes qui étaient affamés et qui avaient le besoin absolu et immédiat de manger. La décision de Jésus ressemble à celle de Mathathias qui a estimé qui si les Juifs sont attaqués pendant le sabbat, ils peuvent défendre leur vie dans le plein sens du terme; en effet, des Juifs pendant la révolte contre les Séleucides en –167 avaient été attaqués par les troupes syriennes et avaient été tués sans qu'ils se défendent parce que c'était le sabbat. Sa décision consiste à dire que l'homme peut manger si sa vie est menacée même si cela diminue les prélèvements envers le Temple. La partie finale: le fils de l'homme est maître même du sabbat, devait plutôt être quelque chose comme la vie est plus importante que les prélèvements du Temple. Il ne s'agit pas d'une remise en cause de la Torah, mais simplement d'une divergence interprétative entre exégètes juifs (Jésus d'un côté, les pharisiens de l'autre.)

Comme on le voit les réécritures des évangiles ont progressivement affirmé que la Torah ne devait pas être suivie par les chrétiens, parce qu'elle serait devenue inutile; mais de telles affirmations ne correspondent pas à l'enseignement original de Jésus. Dans le conflit entre les partisans de Jacques et ceux de Paul, c'est certes Paul qui a gagné, mais sa victoire n'est pas conforme aux enseignements de Jésus. 

Je peux néanmoins admettre que la terreur que faisaient peser les autorités romaines sur ceux qui judaïsaient ait pu pousser certains responsables à chercher un compromis, mais aujourd'hui ce compromis n'est plus utile: la circoncision n'est plus interdite, le sabbat n'est plus proscrit, et si les gens veulent manger en se conformant à des règles alimentaires, cela fait partie de leur libre choix. Les chrétiens devraient donc veiller à restaurer ce qui a été faussé et à se conformer à l'enseignement original, plutôt qu'à celui des copies falsifiées. Ces quelques passages montrent que les premiers chrétiens obéissaient à la Torah et que son rejet par les chrétiens postérieurs n'est pas justifié.

Mais à quoi sert la Torah? En effet, les chrétiens pour y revenir doivent aussi comprendre que la Torah n'est pas qu'une loi, mais une véritable méthode pour le rapprocher de Dieu. En effet, le judaïsme par la Torah définit des rythmes sacrés dans l'année liés aux fêtes agricoles; mais aussi indique les règles des purifications spirituelles et corporelles qui permettent à l'homme de se rapprocher de Dieu. En effet qui voudrait servir du bon vin dans un verre sale et souillé par la boue: personne. Quand on reçoit une bonne bouteille de vin, on prend ses plus beaux verres, on les nettoie même s'ils sont propres afin de profiter au mieux de l'arôme du vin, et enfin on le boit. Les prescriptions de la Torah ne sont en rien différentes, elles font que l'homme devient un réceptacle adéquat à la présence divine. La prière n'est pas suffisante, le rythme de vie est aussi important, l'ingestion de nourritures conformes aux prescriptions édictées par Dieu à Moïse sont autant de méthodes qui favorisent ce retour de l'homme à Dieu.

Certains se diront que l'auteur de l'article est peut-être juif, et qu'il tenterait de judaïser le christianisme. Et non, ni mes parents, ni mes grands-parents, ni mes arrières-grands-parents ne sont juifs, et même plus loin, ce n'est pas non plus le cas. Par contre, j'ai lu les évangiles et la Bible, et j'ai trouvé de nombreux préceptes dans les évangiles qui apparaissent comme des réécritures en vue de séparer les chrétiens des Juifs. Je peux admettre que les autorités chrétiennes aient choisi cette voie en vue de préserver les chrétiens pendant les persécutions anti-juives d'Hadrien, mais aujourd'hui ces persécutions sont terminées, cela fait donc depuis longtemps que les chrétiens auraient dû revenir à plus de judaïsme, mais ils ne l'ont pas fait, peut-être est-il temps de changer. 

Si on lit le Talmud, on constate qu'il y a une opposition à reconstituer l'État judéen ou d'Israël. Aujourd'hui, de nombreux Juifs ont compris que les rabbins avaient écrit de tels propos parce que le peuple juif sortait de trois révoltes (66–70; 115–118; et 132–135) qui avaient vu les populations juives être divisées par 10 (les Juifs sont passés de 5 millions en 50 à moins de cinq cent mille en 150); il était donc urgent pour les rabbins de décourager tout aventurisme indépendantiste qui mettrait en péril les communautés juives déjà menacées en de nombreux endroits. Mais aujourd'hui, après la shoah, il était évident que la recréation de l'État d'Israël était une nécessité, et les décisions talmudiques qui interdisaient de recréer l'État d'Israël ont ainsi été, à juste raison, abrogées.

Le véritable christianisme ou christianisme original n'est pas celui des Églises chrétiennes, mais bien le nazaréisme qu'il appartient à chaque chrétien de vouloir ou non reconstituer. 

Le christianisme est entré en pleine déliquescence: les Églises se vident, le message n'est plus compris, et le christianisme ressemble souvent à un socialisme croyant, voire à un club. Nous pensons que le christianisme a encore un avenir; mais le christianisme de demain, ce sera moins de Jésus et plus de Torah. Le christianisme se contente de sauver après la mort, alors que la pratique de la Torah rend l'homme participant à la vie divine dès cette vie-ci. 

De toute manière, la question à laquelle il appartient à chaque chrétien de répondre est la suivante: si la Torah vient de Dieu pourquoi n'est elle pas pratiquée par les chrétiens. Et si ils pensent qu'elle ne vient pas de Dieu, pourquoi la conserver, et que penser de Jésus qui s'appuie entièrement sur la Torah. Dieu changerait-il d'avis??????

Il est peut-être aussi temps d'appeler l'Ancien Testament par son nom, Tanak: la Loi, les prophètes et autre écrits (historiques, liturgiques, sapientiaux, etc.) et ainsi de mettre fin au mépris dans lequel il est tenu.

vendredi 29 janvier 2016

Flavius Josèphe et Joseph d'Arimathie

Plusieurs spécialistes ont identifié Joseph d'Arimathie à Flavius Josèphe, en effet Joseph Arimathaias c'est Joseph le Lion (Ari) fils de Matthias, autrement dit Flavius Josèphe. Mais, les explications de sa présence dans les évangiles n'a jamais été expliquée.
1. En 62, ce n'est pas Jacques le Juste qui a été exécuté par Hanan ben Hanan, mais bien Bannous, un disciple de Jean le Baptiste et le propre maître de Flavius Josèphe.
2. Quand les évangélistes ont voulu composé la mort de Jésus ils ont utilisé plusieurs sources pour faire leur propre narration:
  1. la Vie de Jésus le Nazaréen composé par Flavius Josèphe
  2. la Vie de Bannous aussi composée par Flavius Josèphe
  3. autres inconnues
Quand Flavius Josèphe a raconté la mort de Jésus, il a composé une allégorie, dans laquelle il veut montrer que si le Temple a été détruit, c'est la faute des Juifs eux-mêmes, raison pour laquelle Caïphe veut condamner Jésus, comme les sicaires veulent condamner le Temple; ensuite il veut montrer que les Romains ne furent que de simple exécutant de la volonté divine qui avait condamné le Temple, il va donc innocenter Titus de sa destruction, comme il innocente Ponce Pilate de la mort de Jésus (c'est la faute des Juifs). Enfin, il prend la défense de la reine Bérénice, en faisant intervenir l'épouse de Pilate en faveur de Jésus, comme Bérénice est certainement intervenue en faveur du Temple auprès de Titus.
Dans la mort de Bannous, c'est d'autre chose dont il est question. Bannous fut un chef révolutionnaire sicaire et Flavius Josèphe fait tout ce qu'il peut pour l'innocenter. Il a dû parvenir aux oreilles des Romains que Bannous fut bien le commandeur de la révolution de 55 et le maître de deux disciples célèbres: Flavius Josèphe lui-même et Shiméon Bargiorna le chef de la révolution de 66–70, décapité par Titus en 71 lors de son triomphe. 
La trame dut s'organiser comme suit: Bannous après plusieurs années d'exil revient à Jérusalem à la Fête des Tentes 62, alors que le procurateur de Rome est décédé et que son successeur n'est pas encore arrivé. Ce passage est conservé dans les évangiles qui décrit l'entrée de Jésus à Jérusalem pendant la Fête des Tentes. Hanan ben Hanan panique, il sait parfaitement que sa venue à Jérusalem sera synonyme de révolte contre Rome: il le fait arrêter et exécuter, mais est démis à cause de cela (les origines de Bannous nous sont inconnues mais il est probable qu'il appartiennent à une importante famille syro-phénicienne romanisée, Bannous est probablement un ancien officier supérieur de la légion romaine et devrait être identifié au Centurion du serviteur guéri par Jésus). Dans la narration, Flavius Josèphe veut donc montrer que Bannous n'est pas un sicaire révolutionnaire. Il va donc inventer le personnage de Judas Iscariote fils de Shiméon qui n'est pas très difficile à identifier, il s'agit de Judas le fils de Simon le Sicaire et petit-fils de Judas le Galiléen. Simon le Sicaire fut crucifié en 48 par Tibère Alexandre pour insurrection. Judas le Sicaire livre Bannous à Hanan, c'est le premier argument que donne Flavius Josèphe pour innocenter Bannous d'activités révolutionnaires anti-romaines, en effet, cette narration n'a d'autre but que de montrer que Bannous n'est pas un sicaire et qu'il est un modéré, raison de la livraison par Judas. La seconde manière par laquelle Flavius Josèphe voudra innocenter Bannous de l'accusation de sicarisme, c'est avec Simon Pierre, ou Simon Bargiorna: Ne prenez pas l'épée; celui qui sort l'épée périra par l'épée, ce qui sera le cas de Simon Bargiorna qui sera décapité par une épée. Il montre donc brièvement que Simon Bargiorna en tirant l'épée en en s'opposant à l'arrestation de Bannous n'a rien compris au pacifisme de Bannous et n'est qu'un mauvais disciple.
Ces questions nous semblent secondaires, mais elles sont à cette époque primordiales: en effet, le Judaïsme est menacé d'anéantissement, Flavius Josèphe sait qu'il existe une tendance païenne radicale au Sénat de Rome qui veut en finir avec les Juifs, il se bat sur deux fronts: l'émergence d'un judaïsme pacifiste envers Rome et la continuité du judaïsme sacerdotal, afin de permettre la reconstruction du Temple. Il combat enfin le judaïsme rabbinique qui peut très bien se passer du Temple.









dimanche 10 janvier 2016

Une allusion à Flavius Josèphe dans l'Évangile de Jean

Dans l'Évangile de Jean, en Jean 3, 25, nous lisons un très étrange passage:
Or, il s’éleva de la part des disciples de Jean une dispute avec un Juif touchant la purification. 
On s'attendrait à avoir quelque écho de la polémique sur la purification en Jean 3, 26 et suivants, mais cette polémique ne s'y trouve pas. On lit juste que Jésus baptise et fait plus de disciples.
Le Père Émile Boismard a proposé de placer les versets 3, 23–25 , entre 1, 18 et 1, 19, ce qui est certes plus logique, si ce n'est que nous ne trouvons pas plus la polémique sur la purification, seulement une discussion dans laquelle Jean affirme qu'il n'est ni le christ ni un prophète.

En fait le verset 3, 25 est un anachronisme, l'auteur du verset considère que le baptême de Jean sert bien au pardon des péchés. Et dans les Antiquités Juives, 15, 5, 8, nous lisons le passage suivant:
En effet, Hérode l’[Jean le Baptiste] avait fait tuer, quoique ce fût un homme de bien et qu’il excitât les Juifs à pratiquer la vertu, à être justes les uns envers les autres et pieux envers Dieu pour recevoir le baptême; car c’est à cette condition que Dieu considérerait le baptême comme agréable, s’il servait non pour se faire pardonner certaines fautes, mais pour purifier le corps, après qu’on eût préalablement purifié l’âme par la justice. 
Comme on le lit très clairement dans Flavius Josèphe, le baptême de Jean consiste en des ablutions purificatrices du corps et non en un baptême de repentance comme le prétendent les évangélistes.
Le passage des évangiles s'éclaire parfaitement:
Or, il s’éleva de la part des disciples de Jean [c'est-à-dire l'auteur de l'Évangile de Jean] une dispute avec un Juif [Flavius Josèphe] touchant la purification [à savoir, est-ce que c'est le baptême qui purifie comme le prétendent les évangiles, ou est-ce la pratique de la vertu, c'est-à-dire, des commandements, qui procure la purification, comme le prétend Flavius Josèphe].
L'opinion de Flavius Josèphe est très certainement la bonne, par exemple, les évangiles disent que Jean était vêtu du peau de chameau, animal non casher, et on sait que les qohen se vêtaient de lin, et aussi que Jean mangeait des sauterelles, outre que les sauterelles sont douteuses, les prêtres étaient en général végétariens.
De plus, Flavius Josèphe raconte que
Jugeant même insuffisante l’expérience que j’en avais tirée [des trois écoles juives pharisiennes, sadducéennes et esséniennes], quand j’entendis parler d’un certain Bannous qui vivait au désert, se contentait pour vêtement de ce que lui fournissait les arbres [c'est-à-dire du lin probablement], et pour nourriture, de ce que la terre produit spontanément [donc des fruits, et probablement du pain], et usait de fréquentes ablutions d’eau froide de jour et de nuit, par souci de pureté, je me fis son disciple. Après trois années passées près de lui, ayant accompli ce que je désirais, je revins dans ma cité.
Bannous est certainement un disciple authentique de Jean.
Notons qu'il est mentionné dans les évangiles, mais ce nom n'apparaît pas à cause d'une erreur de traduction (Matthieu 3, 7b–9 et Luc 3, 7b, 8):
7b. « Races de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir ? 8. Produisez donc du fruit digne de la conversion [metanoias], 9. et ne prétendez pas dire en vous-mêmes: “Nous avons Abraham pour père!” Car je vous déclare que de [ces pierres, araméen: âbannayâ] Bannous [araméen: Bannayâ] Dieu peut susciter des enfants à Abraham [ce qui implique que Bannous était un converti et n'était pas juif de naissance. En effet, le passage fait allusion aux polémiques au sujet des convertis, certains considérant leur descendance comme non-juive, et Jean Baptiste dit que la postérité du converti est aussi juive que la postérité naturelle d'Abraham.] 
Ce verset sur lequel même le célèbre Lagrange se demandait quel sens il fallait lui attribuer, en effet quel rapport peut-il y avoir entre ces pierres et une postérité à Abraham, et du fruit digne de la conversion, devient très simple à comprendre si on admet cette faute de traduction et que le passage mentionne Bannous [araméen vraisemblable: Bannayâ], au lieu de ces pierres [araméen: âbannayâ]. Quant à Bannous, ce serait un converti, au judaïsme puisque le texte fait allusion à la postérité des convertis.
Ces histoires de baptême du pardon des péchés est typique du pagano-christianisme et opposé aux conceptions du christianisme original qui est le judéo-christianisme. Le judéo-christianisme était un judaïsme pratiqué par les non-Juifs, qui pratiquaient les commandements comme n'importe quel Juif et qui ne considéraient pas que Jésus était dieu, mais seulement un prophète qui a enseigné les secrets de la Torah.

jeudi 31 décembre 2015

Qui est le chef des rois de Yavan ?

Dans l’Écrit de Damas, on trouve la mention d’un mystérieux chef des rois de Grèce ou de Yavan. Examinons d’abord le texte qui dit :
7. ...qu’ils ont fait chacun ce qui est droit à ses propres yeux 8. et ont choisi chacun selon l’obstination de son cœur ; qu’ils ne se sont pas tenus à distance du peuple, mais qu’ils se sont laissés aller délibérément, 9. marchant dans la voie des impies dont Dieu dit : le venin des serpents (est) leur vin 10. et le poison des aspics est cruel. (Deut. 32, 33). Les serpents se sont les rois des peuples ; et leur vin, ce sont 11. leurs voies ; et la tête des aspics, c’est le chef [ou la tête] des rois de Grèce [Yavan], celui qui est venu pour faire 12. vengeance sur eux. Mais de tout cela, ils n’ont rien compris, ceux qui érigent le mur intérieur et le recouvrent de plâtre, car 13. celui qui sème du vent et vaticine avec mensonge, il avait vaticiné pour eux, si bien que la colère de Dieu s’enflamma contre toute sa congrégation. [Traduction David Hamidovic: L’Écrit de Damas : Le Manifeste essénien. Édition introduite, établie, traduite et annotée, par David Hamidovic. Paris-Louvain, «Collection de la Revue des Études juives». Peeters, 2011. Les passages entre crochets sont de nous, CD A VIII, lignes 7–13. ]
David Hamidovitch, dans ses notes à sa traduction de l’Écrit de Damas, précise que
la locution «tête des roi de Grèce» suggère un personnage vainqueurs des rois séleucides. Son identification est difficile, car elle dépend de la traduction du verbe «venir». Si on traduit par un présent historique ou un passé, «celui qui vient» ou «celui qui est venu», le personnage est une figure du passé, on peut penser au Romain Pompée en 63 av. J.-C., mais la date paléographique des manuscrits 4Q266, 4Q268 et 4Q270 indique une date de composition antérieure à cet événement. C’est pourquoi, on suggère une allusion à la victoire romaine à Magnésie de Sypile en 190 av. J.-C. Le chef des roi séleucides serait donc Rome. Si on traduit le participe par un futur, «celui qui viendra», une figure vengeresse est attendue, peut-être une figure eschatologique voire un messie royal. On préfère reconnaître une figure du passé, parce que la métaphore de la «tête des aspics» est curieuse s’il s’agit d’une figure espérée. [Idem, page 54.]
Dans sa préface [Ibidem, page x.], David Hamidovic mentionne la date paléographique de ces trois manuscrits qui sont supposés avoir été écrits pendant la première moitié du Ier siècle avant J.-C., donc entre –100 et –50. La paléographie n’étant pas une science exacte, d’autres spécialistes [Mentionné sur le site http://www.deadseascrolls.org.il où l’on peut découvrir la reproduction des manuscrits de Qumran et de Massada, et d’autres encore.] estiment que 4Q268 et 4Q270 doivent plutôt être datés de la période hérodienne, donc entre –40 et 0. Rien ne s’oppose donc à ce que ce chef des rois de Yavan soit Pompée. C’est d’ailleurs la principale identification que retiennent les différents spécialistes, comme André Dupont-Sommer dans sa traduction à l’Écrit de Damas, publiée dans La Bible — Écrits Intertestamentaires. [Page 159. Édition publiée sous la direction d’André Dupont-Sommer et de Marc Philonenko. « La Pléiade », Éditions Gallimard, nrf, Paris, 1987.] Signalons l’opinion alternative de Ben Zion Wacholder qui estime plutôt que le chef des rois de Yavan serait Alexandre le Grand et y voit une allusion au transfert de souveraineté de la Judée qui de perse devint grecque. [Page 242. Ben Zion Wacholder. The New Damascus Document — The Midrash on the Eschatological Torah of the Dead Sea Scrolls: Reconstruction, Translation and Commentary. Leyden, Brill, 2007.]
Ces interprétations, quoi qu’elles semblent logiques sont pourtant fausses. 
L’Écrit de Damas s’oppose à un groupe d’homme qu’il appelle de différents noms, dont «congrégation des traîtres» et «chercheurs des choses flatteuses». Ce dernier terme se retrouve dans le Pesher Nahum et désigne ceux qui se révoltèrent contre Alexandre Jannée
2. [...] Son interprétation concerne Démé]trius, roi de Yavan [Grèce, c’est-à-dire, la Syrie dans ce cas-ci], qui avait cherché à entrer à Jérusalem selon le conseil des chercheurs des choses flatteuses [en hébreu dôrshî hahalaqôth.] 3. [mais celui-ci n’y entra pas, car Dieu ne l’a pas livrée] dans les mains des rois de Yavan depuis Antiochus [c’est-à-dire depuis Antiochus Épiphane] jusqu’à l’arrivée des chefs des Kittim [il s’agit des Romains dirigés par Pompée] ; et après elle sera piétinée [par les Romains en –63.] [Pesher Nahum II, 2–4.]
Ces événements sont mentionnés aussi par Flavius Josèphe, qui dit qu’un groupe non nommé se révolta contre le roi de Judée Alexandre Jannée et fit alliance avec le roi grec de Damas, Démétrios III, afin de s’en débarasser. Mais une partie de ceux qui suivaient Démétrios se soumirent à Jannée ; ce qui l’empêchera de profiter de sa victoire et l’obligera à rentrer dans son royaume. Ce groupe continuera à se révolter et ses membres seront finalement capturés par Jannée et crucifiés, événements que l’on trouve mentionnés dans le Pesher Nahum (colonne II, lignes 4–8), comme dans Flavius Josèphe (Antiquités, livre XIII, aux chapitres XIII et XIV). Ce groupe, Flavius Josèphe ne dit pas qu’il s’agit des pharisiens dans leur ensemble, mais on comprend aisément avec d’autres mentions de cet auteur que ce groupe est sous-groupe des pharisiens. On peut donc déduire que si l’ensemble des pharisiens s’opposaient à la politique de ce roi, seule une partie d’entre eux entrèrent en révolte ouverte. Les raisons de cette révoltes nous sont inconnues, mais plutôt que de chercher dans une contestation de personnes, ou dans des changements calendaires, peut-être serait-il mieux d’estimer que cette révolte, comme la plupart des révoltes, provient soit d’une augmentation de la pauvreté, soit d’une hausse des impôts, cette dernière solution nous semble la plus vraisemblable. La congrégation des traîtres désigne bien les pharisiens qui se révoltèrent ouvertement contre Jannée, mais probablement aussi, ceux qui soutinrent cette révolte.
Le chef des rois de Yavan est donc contemporain de cette époque, il ne s’agit certainement pas de Pompée, qui a restitué la grande-prêtrise à Hyrcan II, soutenu par les pharisiens et qui ne semble pas avoir frappés les pharisiens. Nous pensons que l’interprétation du passage est bien plus subtile. 
Reprenons l’Écrit de Damas qui parle de ceux qui 
se sont laissés aller délibérément, 9. marchant dans la voie des impies dont Dieu dit : le venin des serpents (est) leur vin 10. et le poison des aspics est cruel. (Deut. 32, 33).
Voyons maintenant le passage crucial qui dit : 
les serpents se sont les rois des peuples
C’est-à-dire Démétrios III. 
Et leur vin, ce sont 11. leurs voies.
C’est-à-dire la voie de la trahison ou voie des impies. L’auteur accuse des hommes d’avoir suivi, de manière impie, un roi étranger ; nous sommes donc bien dans le cadre de la révolte contre Jannée et de l’appel que firent certains des révoltés auprès de Démétrios III. 
Nous arrivons au passage crucial qui a suscité tant d’incompréhensions :
Et la tête des aspics, c’est le chef [ou la tête] des rois de Grèce [Yavan], celui qui est venu pour faire 12. vengeance sur eux. 
Notons en premier que les «aspics», ce sont les «rois de Grèce», c’est-à-dire dans ce cadre narratif, Démétrios III. Mais alors qui est le «chef des aspics» et le «chef des rois de Grèce» qui «est venu faire vengeance sur eux» ? Ce n’est ni Pompée ni Démétrios III, ni Alexandre Jannée, mais Dieu Lui-même qui détermine et dirige toutes choses, y compris les rois de Grèce. Le passage suggère donc qu’ils n’auraient pas dû placer leurs espoirs dans des rois étrangers, mais bien dans le Dieu d’Israël qui commande à tous les êtres. C’est pour cela que l’auteur dira encore d’eux qu’ils
7. ...ont fait chacun ce qui est droit à ses propres yeux 8. et ont choisi chacun selon l’obstination de son cœur.
Ils ont fait ce qu’ils croyaient bien pour eux et ils ont été punis pour s’être opposés à la volonté de Dieu.
Les esséniens professent le déterminisme le plus radical, dans lequel Dieu domine directement sur toutes choses et sur tous les êtres : pour l’auteur, ce n’est pas Jannée qui les a mis à mort, c’est Dieu Lui-même qui les a mis à mort ; Jannée n’a été qu’un instrument, comme les croix auxquelles ils étaient attachés, comme les clous qui les tenaient suspendus. Pour comprendre les manuscrits de Qumran, il faut s’imprégner de leurs conceptions ; sans quoi, elles nous demeureront aussi fermées qu’une forteresse.
Quant au vaticinateur de mensonge, son nom n’est pas donné par les manuscrits, ni non plus par Flavius Josèphe, mais dans la mesure où le Talmud mentionne que les chefs pharisiens de cette époque sont Yehudah ben Tabbay et Shiméon ben Shetah, il est probable que ce fut l’un de ces deux qui était visé par le sobriquet.
Le passage en question ne visant pas Pompée, il est clair que la prise de Jérusalem par les Romains lui est inconnue. Dans la citation, deux phrases montrent que l’auteur a connaissance du sort des insurgés et qu’il approuve pleinement leur exécution :
11. [...] le Chef des rois de Grèce, Celui Qui est venu pour faire 12. vengeance sur eux.
Et :
12. [...] car 13. celui qui sème du vent et vaticine avec mensonge, il avait vaticiné pour eux, si bien que la colère de Dieu s’enflamma contre toute sa congrégation.
Cette interprétation permet aussi de situer le cadre temporel de la rédaction de l’Écrit de Damas, légèrement après la mort de Jannée et certainement bien avant la prise de Jérusalem par Pompée, donc vers –75.
Ces points sont aussi importants pour comprendre la théologie des manuscrits de Qumran dont les auteurs, du moins celui de l’Écrit de Damas, refusent l’idée de providence (ou d’un quelconque intermédiaire comme le logos de Philon d’Alexandrie) pour expliquer l’action de Dieu sur terre; pour lui, l’action de Dieu est directe et s’exerce sans intermédiaire.
Remarquons d’ailleurs que dans l’Apocalypse de Jean, on lit la phrase suivante qui rejoint parfaitement l’interprétation que nous avons proposée:
et de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né des morts, et le prince des rois de la terre (ὁ ἄρχων τῶν βασιλέων τῆς γῆς)!
Jésus, donc Dieu pour les chrétiens est le «prince des rois de la terre» dans l’Apocalypse, comme le «chef des rois de Yavan», est pour l’auteur de l’Écrit de Damas, Dieu Lui-même. Cette convergence, au niveau d’une expression si particulière, méritait d’être mentionnée.

mercredi 30 décembre 2015

Jésus était-il palestinien?

Lorsque j'entendis la première fois cette affirmation, j'ai cru que j'étais monté sans m'en rendre compte dans une machine à avancer dans le temps, et que je m'était retrouvé projeté le 1er avril 2016. Pincez-moi je rêve. 
En politique, la mauvaise foi est un principe, et dans ce cas-ci elle est patente. Normalement, le bon sens devrait suffire à réfuter cette assertion; mais dans la mesure où elle se répand, mieux vaut prendre sa plume, enfin son clavier, et la réfuter.
La Palestine est un terme qui sert à désigner, en Grec, le territoire des Philistins, qui s'étendait à l'époque des Juges et du roi David sur la bande de Gaza et remontait jusqu'à Ascalon et à Ashdod. Ils disparurent en tant que pouvoir politique indépendant pendant la période monarchique; il est néanmoins probable que certains furent assimilés aux Judéens et les autres restèrent dans leurs cités traditionnelles en tant que gèrîm ou «résidents-étrangers» [Nous ne parlons pas du nom des convertis dans le judaïsme rabbinique qui sont aussi appelés gèrîm.]
Les territoires côtiers qu'ils occupèrent sont appelés Palestine à la suite de la traduction grecque des Septante. Et c'est par rapport à ces seuls territoires que Philon parle par exemple de Palestine.

Les Juifs obtinrent leur indépendance en –152, après quinze ans de guerre contre les Séleucides. La Judée se limite alors à Jérusalem, mais les grands-prêtres asmonéens vont développer leur petit État, et l'étendre de l'idumée à Damas, en passant par la Pérée. En –63, Aristobule appelle Pompée à la rescousse, dans son conflit avec son frère Hyrcan II, allié à Antipater (le père d'Hérode) et à Aretas III de Nabatée, roi de Petra; Pompée ne se fera pas prier, mais reprendra très vite ses engagements et s'alliera plutôt à Hyrcan II; ensuite il capturera Aristobule qu'il fera déporter à Rome. Après 25 ans d'anarchie en Judée, Rome soutient Hérode et l'autorise à relever le titre de roi de Judée. Hérode meurt en –4 en ayant écrit et réécrit son testament; c'est finalement Auguste qui tranchera, à sa sœur revient Ascalon; à Archélaos revient la Judée, la Samarie et l'Idumée; à Antipas revient la Pérée et la Galilée; quant à Philippe, il reçoit l'Iturée, la Trachonitide, la Gaulanitide, etc. Ses autres enfants ne reçoivent rien. Le tétrarque Archélaos fait de nombreuses erreurs et Auguste le rappelle à Rome; Auguste transforme alors la Judée, la Samarie et l'Idumée en la province romaine de Judée.
Après une brève semi-indépendance sous le règne d'Hérode-Antipas Ier, la Judée redevient Romaine. Pendant la révolte juive de 66–70, la Judée sera ravagée par les légions romaines, Jérusalem est rasée (risque d'infection), seules subsistent quelques parties du Temple (les fondements). Les Juifs sont bannis de la Judée, réduits en esclavage et dispersés dans l'Empire romain. La Judée passe de deux millions d'habitants à entre 200 ou 300000 personnes.

Pendant la révolte des Communautés en 115–118, les communautés juives de l'Empire romain sont laminées et les Juifs renvoyés en Judée où ils se réinstallent (ne restaient dans l'Empire romain, que les très petites communautés, les métis judéo-grecs et les convertis). Hadrien est d'abord favorable aux Juifs, puisqu'il les autorise à rebâtir le Temple, mais il va finalement changer d'avis: il abroge cette décision et interdira même la circoncision assimilée à la castration.

Les Judéens se révoltent à nouveau sous la direction de Shime°on bar Kokheba, ils mènent une guerre très dure aux Romains mais finissent vaincus à la Forteresse de Betar. Les Juifs sont expulsés de Judée. Il semble que bar Kokheba avait commencé à ériger le IIIe Temple, mais il fut détruit ou récupéré par les Romains pour en faire un Temple de Zeus. Hadrien, après avoir procédé à une guerre totale, en exterminant la totalité des Judéens y compris les femmes et les enfants, décide de déjudaïser la Judée. La Judée deviendra donc la Palestine en hommage aux Philistins (Hadrien considérant que son œuvre est la revanche des Philistins) et Jérusalem deviendra Ælia Capitolina (l'empereur Hadrien portait comme nom de naissance Publius Ælius Hadrianus).

La prise du pouvoir par les chrétiens va rendre à Jérusalem son nom authentique, mais ils ne permirent pas à la Judée de revenir à son nom original et resta pendant de nombreux siècles la Palestine.

Les historiens utilisent parfois des anachronismes: par exemple, Joseph Derenbourg a écrit une Histoire de la Palestine depuis Cyrus jusqu'à Adrien (publiée en 1867), tout simplement parce que les territoires dont il est question dans son livre s'appelaient de son temps Palestine. 

Le nom Palestine identifiait un territoire, et ses habitants n'étaient pourtant pas des palestiniens; en réalité, les habitants des territoires palestiniens se définissaient par leur religion. Ils ne disaient pas: «Je suis palestinien», mais ils disaient: «Je suis Juif, musulman, chrétien, Druze, alaouite», et quand des européens s'y installaient, ils disaient: «Je suis anglais, belge, français, allemand, américain». La Palestine existait en tant que nom d'un territoire mais ses habitants se définissaient autrement que par l'appartenance à ce territoire. 

Si aujourd'hui quelqu'un affirmait que Jésus était israélien, tout le monde éclaterait de rire, l'État d'Israël n'existait pas à l'époque de Jésus, mais le royaume de Judée existait bien un peu avant et un peu après lui. Jésus était donc un juif judéen ou galiléen suivant qu'on le fait naître à Bethléem comme le veulent les évangiles, ou Nazareth, même s'il serait plus logique de le faire naître à Jérusalem. On peut aussi le qualifier de Galiléen en tant que Juif vivant en Galilée. 

Donc Jésus n'est pas palestinien, c'était un Juif judéen ou galiléen. Il n'est pas plus musulman, puisque l'Islam n'existait à l'époque de Jésus et qu'il ne peut avoir appartenu à une religion qu'il n'a jamais pratiqué. Il semble donc qu'il n'y a pas que les Mormons qui pratiquent les conversions postmortem.

Non Jésus n'étais ni palestinien, ni musulman; pas plus que Moïse ou David n'étaient palestiniens ou musulmans.


Stephan Hoebeeck



Quel est le secret des manuscrits de la Mer Morte?

À Dina 
Les manuscrits de la mer morte sont aujourd'hui publiés, en éditions bilingues, complète en anglais et partielle en français. Reste d'innombrables fragments qu'on ne sait pas identifier, parfois une lettre ou deux, parfois des bouts de quelques mots, parfois un mot complet dont on ne sait que faire. Mais en réalité, rien qui jetterait un éclairage radicalement nouveau sur ces manuscrits.

Y-a-t-il encore un mystère caché dans ces manuscrits? Oui et non!


Les manuscrits de la Mer Morte correspondent aux textes de ceux que Flavius Josèphe appelait les esséniens, mais les esséniens de Flavius Josèphe n'ont jamais existé.
Flavius Josèphe nous a embrouillé l'esprit avec les quatre écoles juives qu'il mentionne dans ses Antiquités juives [dans la Guerre des Juifs, il omet la dernière, en disant qu'elle dépend des pharisiens]: la pharisienne, la sadducéenne, l'essénienne et la sicaire. Nous n'envisagerons pas leurs différences idéologiques qui, dans la narration de Flavius Josèphe, sont trop influencées par la philosophie grecque, mais plutôt leurs différences politiques. Notons que les quatre écoles sont plus judéennes que juives, il s'agit d'écoles qui existent en Judée, le problème du judaïsme hellénistique est encore différent.
Les pharisiens sont les plus populaires, ils se réfèrent à la tradition orale, ils sont laïcs (primauté de la Torah sur le culte du Temple), et peuvent vivre avec une domination étrangère sur la Judée. Ils sont enfin influencés modérément par la culture grecque (ce qu'on retrouvera dans la Talmud qui comporte d'innombrables citations d'Homère). L'école pharisienne deviendra l'école rabbinique. 
Jusqu'ici, il n'y a pas de problème, c'est avec les écoles sadducéennes, esséniennes et sicaires que Flavius Josèphe va mentir.
Les sadducéens sont ainsi définis comme des prêtres qui se soumettent aux pharisiens en ce qui concerne l'observance du culte et des lois. Les esséniens sont mal définis politiquement, mais ils se retirent des affaires publiques et ne se révoltent pas contre Rome. Les sicaires sont des pharisiens révolutionnaires.
Quand on lit ce passage, on oublie de se poser une question, où sont les assidéens? Les assidéens furent un groupe de Juifs qui suivirent Mathathias ben Hashmonay, et ensuite ses fils Judas Macchabée, Jonathan Macchabée et Simon Macchabée et qui parvinrent à imposer aux Séleucides l'indépendance de la Judée en –152, après quinze ans de guerre, qui marqueront l'affaiblissement de cette dynastie hellénistique qui régnait sur un empire qui s'étendait de Damas au Pakistan. 
Le mot assidéen correspond à l'hébreu à hassîd (חסיד), hassidim (חסידים), c'est-à-dire «les pieux». Ce mot n'est jamais mentionné ni par Flavius Josèphe ni par Philon d'Alexandrie, et ce n'est nullement un hasard. 
Les assidéens historiques sont inflexibles dans l'application de la Torah (Judas Macchabée fait crucifier les Juifs qui sont trop hellénisés) et ils sont partisans du sacerdoce (ils ne sont pas laïcs en quelque sorte et donnent la préséance aux prêtres, puisque Judas Macchabée est un qohen descendant d'Aaron); enfin ils sont fortement militarisés. 
Il existe une version syriaque du Livre des Macchabées (parfois appelé V Macchabées) qui contient une chronique jusqu'à Hérode. Ce texte nous parle aussi des écoles judéennes, mais il n'en connait que trois: la pharisienne, la sadducéenne et l'assidéenne; les écoles esséniennes et sicaires lui sont inconnues. Ce texte précise encore que les assidéens sont détenteurs d'un enseignement ésotérique, et offrent à l'extérieur des similitudes avec les écoles pharisiennes (on peut supposer qu'ils admettent certaines prescriptions de cette tradition, comme le port de tefilin) et sadducéennes (on peut supposer que les assidéens rendent la justice avec beaucoup de rigueur et qu'ils sont plutôt partisans du sacerdoce contre les laïcs). Il n'est nulle part question de leur pacifisme envers Rome, ni de leur opposition à Rome. Il n'est nulle part dit qu'ils se seraient à un quelconque moment démilitarisés, puisqu'il s'agit de la succession des assidéens qui suivirent Judas Macchabée. 
L'école assidéenne est militariste et nationalistes (comme les Sicaires ou les zélotes), rigoureuse dans l'application des lois (comme les sadducéens), et fortement influencée par une mystique que l'on sait par les documents trouvés à Qumran qu'elle se rattache au Livre d'Hénoch et aux pratiques calendaires du Livre des Jubilés (comme les esséniens de Flavius Josèphe). 
La découverte des manuscrits de Qumran et l'excès de croyance à la fiabilité des notices de Flavius Josèphe a mené les chercheurs dans une incompréhension de ces textes. Ces textes présentent une mystique qui les apparente aux esséniens, ce dont on pouvait se douter en lisant la notice de Flavius Josèphe, mais aussi une rigueur qui les apparente aux sadducéens et une violence (Règle de Guerre qui prévoit l'extermination des impies du monde entier) qui les apparente aux sicaires, ce à quoi on ne s'attendait pas en lisant les notices de Flavius Josèphe ou de Philon d'Alexandrie. Notons que la notice de Flavius Josèphe existe sous une forme révisée dans l'Elenchos (une réfutation chrétienne des hérésies qui date du début du IIIe siècle), et cette version met en garde sur les esséniens qu'il dit être des zélotes ou des sicaires révoltés contre Rome. 
Les esséniens de Flavius Josèphe en tant que Juifs se préoccupant seulement de mystique et ne se révoltant pas contre Rome n'ont jamais existé. Les esséniens, c'est simplement un nom pour désigner la partie mystique de l'assidéisme et non une école en soi, comme le sicarisme est le bras armé de l'assidéisme dans sa lutte pour l'indépendance de la Judée.
La question devient alors de savoir qui sont les sadducéens? Les sadducéens ne sont pas une école en soi, ce sont des prêtres partisans de la rigueur légale des assidéens, mais s'en séparant sur la mystique déterministe des manuscrits de Qumran (Dieu dirige toutes choses); les sadducéens sont ceux qui acceptent un compromis avec les pharisiens majoritaires dans le peuple, ils sont appelés dans les manuscrits de la mer morte Manassé. 
On s'est demandé si les manuscrits de la Mer Morte n'étaient pas sadducéens, en fait l'interprétation rigide la Torah est commune aux assidéens et sadducéens, ils ne se séparent que sur la mystique calendaire des Livres d'Hénoch. En réalité, l'école sadducéenne obéit aux prescriptions assidéennes.
Les manuscrits deviennent ainsi faciles à comprendre. Nous lisons dans l'Écrit de Damas (traduction Davidovic): 
À la fin d’une colère de trois cent nonante années après qu’Il [Dieu] les eût livrés dans la main de Nabuchodonosor. (CD I, 5–6).
La déportation à Babylone s’est faite en trois fois, et la dernière date de –581/580. Ce qui donne (–580 + 390 ans) –190. En ensuite, l’Écrit de Damas poursuit en disant :
7. Il les visita et fit pousser d’Israël [les Assidéens] et d’Aaron [Judas Macchabée] une racine de plantation pour prendre possession 8. de Son pays [retrouver l'indépendance de la Judée] et pour s’engraisser avec la fertilité de Son sol. [CD I 7–8.]
Ce passage décrit l’émergence d’un nationalisme judéen qui veut en finir avec une Judée, une fois perse, le lendemain égyptienne, et ensuite syrienne.
Et ils comprirent leur faute et ils reconnurent qu’ils furent coupables. [CD I, 8–9.]
Leur faute fut d’avoir laissé les nations dominer la Judée en contradiction avec les affirmations cent fois répétées par la Torah que les terres judéennes doivent être indépendantes et dominées par les Juifs.
Et ils furent comme des aveugles, comme ceux qui tâtonnent pour trouver un chemin pendant vingt ans. Alors, Il suscita pour eux un Maître de Justice afin de les guider dans la voie du cœur. (CD I, 9–11).
–190 + 20 ans = –170, le début de la révolte juive contre les Séleucides. Ce mystérieux Maître de Justice devient très simple à identifier, il s’agit de Mathathias ben Hashmonay, le père de Judas Macchabée et premier conducteur de la révolte. Très vieux, il mourra peu d’années après, et ses fils lui succéderont à la tête des armées judéennes et aussi comme Maîtres de Justice.

Les premiers Macchabées ne furent pas les seuls Maîtres de Justice, d'autres lui succédèrent et l'organisation devient probablement bichéphale:
Car autrefois, se levèrent Moïse et Aaron par l’intermédiaire du prince des Lumières et Belial suscite Yahnah et son frère dans son plan. [CD V, l. 17–19.]  
Ces deux hommes qui correspondent à Moïse et à Aaron sont encore mentionnés sous leurs titres mais pas nominativement:
Et l’étoile, c’est le chercheur de la Torah [Doresh_haThorah], celui qui est venu à Damas, comme il est écrit : Une étoile a fait route de Jacob et un sceptre a surgi d’Israël. [Nombre 24, 17.] Le sceptre, c’est le prince de toute la congrégation [nasî’ kol ha°adah] et quand il se lèvera, il décimera tous les fils de Seth. [CD VII, lignes 18–21.]
L'expression, «quand il se lèvera, il décimera, etc.» laisse supposer que le Maître de Justice a été assassiné injustement, raison pour laquelle il jugera ses bourreaux. L'ouvrage parle en permanence de la congrégation des traîtres, et les pesharîm mentionnent que ce sont eux qui ont assassiné le Maître de Justice. Un seul nom émerge dans l'œuvre de Flavius Josèphe, celui de Diogène (hébreu probable עשיה ou עשיאל) qui fut un proche conseiller du roi Alexandre Jannée et qui était considéré comme le responsable de la crucifixion des 800 pharisiens qui se révoltèrent contre ce roi et négocièrent avec Démétrius III le retour de la Judée sous domination séleucide (vers –93).
Quant à Damas, cela ne désigne pas spécifiquement la ville de Damas, mais plutôt la Damas Biblique qui inclut la ville de Damas autant que les régions transjordaniennes (Iturée, Trachonitide, Gaulanitide, etc.), officiellement conquises par Aristobule Ier, mais dont le règne fut tellement court (moins d'un an) qu'il ne put les administrer, tâche qui reviendra à son frère Alexandre Jannée. À l'époque de ce roi, la ville de Damas était visible des frontières de la Judée, qui se trouvaient à 8km de cette ville. On voit pour les Judéens ce retournement incroyable de situation, quand la Judée devient indépendante en –152, elle se limite à Jérusalem et Jérusalem est à quelques kilomètres de l'État séleucide; 50 plus tard, c'est le contraire, les frontières judéennes sont à quelques kilomètres de Damas).
Le chercheur de la Torah est donc Alexandre Jannée, ce qui explique la prière faite pour ce grand roi et retrouvée à Qumran:
Lève-toi, ô Saint, en faveur du roi Jonathan [Alexandre Jannée] et de l’ensemble de ton peuple, Israël, qui est (dispersé) par les quatre vents du ciel. Puissent-ils avoir tous la paix et celle-ci être sur votre royaume et que votre nom soit béni. [4Q448, colonne B, lignes 1–9.]
Le reste devient assez facile à comprendre, Ephraïm fait allusion aux pharisiens par similitude phonétique Epharïm/Pharisiens. Quant aux sadducéens, ils sont appelés Manassé en référence à un petit-fils de Moïse qui participa à un culte idolâtre (voir Juges 18, 14–31).
La maison d'Absalom mentionné dans le Pesher Habakuk 5, 8–11 est probablement une allusion à Absalom le beau-père et oncle d'Aristobule II qui fut capturé par les Romains. C'est probablement cet Absalom qui est le prêtre impie car il facilité la mise à mort du Maître de Justice, Diogène par l'homme de mensonge. 
Aristobule II en qui les assidéens mirent beaucoup d'espoir est celui qui porte le nom de vérité (Arisobule signifie en grec «bon conseil»), etc. Nous ne détaillerons pas cela ici.



Qu'est-ce que cette découverte de la falsification de Flavius Josèphe sur les esséniens aura comme conséquence sur le christianisme?


En fait, les esséniens et Jésus ont de nombreux parallèles, comme de nombreuses dissemblances, mais tant les esséniens que Jésus sont dits ne pas s'être révoltés contre Rome. Si c'est faux pour les esséniens, il est probable que c'est faux aussi pour Jésus. Tant les esséniens que Jésus ont dû appartenir à des courants piétistes et rigoureux, fortement apocalyptiques, révolutionnaires, nationalistes et anti-romains.
Les passages des évangiles affirmant que «tendre l'autre joue» ou de «faire deux mille quand on en demande un» (allusion aux légionnaires romains qui pouvaient réquisitionner les habitants des provinces romaines comme la Judée en les obligeant à porter leurs affaires pendant 1 mille) sont probablement des réécritures tardives en vue de faire de Jésus un pro-Romain. 
Les passages des évangiles montrant Jésus proche des publicains sont probablement aussi des réécritures en vue de nuancer Jésus qui est plutôt zélote.
Idem le passage sur rendez à César ce qui est à César. 
Enfin le personnage de Judas Iscariote, fils de Simon Iscariote est facile à identifier et à comprendre. Simon Iscariote est Simon le Sicaire (le fils du révolutionnaire anti-romain Judas le Galiléen qui déclencha la révolte de 6), qui fut crucifié par Tibère Alexandre vers 47, Judas Iscariote est donc Judas le Sicaire qui livre Jésus parce qu'il ne veut pas faire la révolution contre les Romains, c'est trop beau pour être vrai. Judas a été inventé pour dissimuler les aspects sicaires et zélotes de Jésus. Idem pour Barabas, afin de différencier Jésus des Juifs qui se révoltent contre Rome.)
Au centre des évangiles, il n'est nullement question de la divinité de Jésus, mais bien plutôt de la constitution d'un judaïsme romanisé qui a abrogé les principales lois juives (circoncision, sabbat, nourriture cashère.)
Les raisons de la crucifixion de Jésus sont obscures, mais pourraient être simplement liées au conflit de la hanuth avec Qaïphe. Ce dernier fit transférer le marché des viandes et des changes dans le Temple même (les monnaies à effigies qui étaient utilisées dans l'Empire romain étaient interdites à Jérusalem, raison pour laquelle ce marché était en-dehors de Jérusalem); ce qui provoquera une insurrection du bas-clergé avec probablement Jésus à sa tête comme cela est raconté dans les évangiles. Qaïphe n'aura pas obtenu de majorité au Sanhédrin pour le liquider, il le transférera alors à Pilate pour le faire exécuter, ce qu'il fera afin de liquider un dangereux chef révolutionnaire. 
La narration évangélique vise surtout à faire retomber la mort de Jésus sur les Juifs (signalons que le papyrus egerton qui ne comporte qu'en feuillet contient des fragments d'un évangile antérieur aux quatre canoniques) et dit clairement: «les chefs des Juifs» là où Jean écrit: «les Juifs». Les chrétiens postérieurs feront du différent qui opposait les autorités du Temple à Jésus, un différent dans lequel les Juifs dans leur ensemble s'opposaient à Jésus. 
Quant au gentil Ponce Pilate qui ne crucifie Jésus qu'à contre-cœur, il ne correspond pas à la réalité historique du personnage.
Dans ce cadre, Jésus est plus probablement un prince-prêtre hasmonéen (voir sa généalogie lucanienne dans laquelle Jésus est dit fils de Joseph, fils d'Héli, fils de Matthat, fils de Lévi, fils de Melchi, fils de Jannaï. Or ces trois derniers noms peuvent se lire Yannay Roi et lévite, donc Alexandre Jannée Roi de Judée et grand prêtre...) plutôt qu'un fils de David, la descendance en droite ligne du roi David à l'époque comme aujourd'hui fait encore débat. Les descendants du roi David étaient inconnus pour Hérode, par contre les descendants des Hasmonéens restaient une menace pour lui. On peut parfaitement admettre que Jésus descendait d'Alexandre Jannée par les femmes ce qui en aurait fait un héritier potentiel de la Judée en remplacement d'Hérode.
Les mentions de Jésus en tant que fils de David existent dans les évangiles, mais sont elles légitimes,  ou furent-elles composées en réaction à Bar Kokheba qui prétendait descendre du roi David.

L'existence d'un Jésus Qohen est largement attestée par l'épître aux Hébreux, par exemple, de plus les évangiles, malgré les réécritures conservent les traces d'un Jésus fut un fils d'Aaron et non un fils de David.
En Matthieu 17, 24–27, où nous lisons :
Lorsqu’ils arrivèrent à Capernaüm, ceux qui percevaient les deux drachmes s’adressèrent à Pierre, et lui dirent : « Votre maître ne paie-t-il pas les deux drachmes ? » — « Oui », dit-il. Et quand il fut entré dans la maison, Jésus le prévint, et dit : « Que t’en semble, Simon ? Les rois de la terre, de qui perçoivent-ils des tributs ou des impôts ? de leurs fils, ou des étrangers ? » Il lui dit : « Des étrangers. » Et Jésus lui répondit : « Les fils en sont donc exempts. Mais, pour ne pas les scandaliser, va à la mer, jette l’hameçon, et tire le premier poisson qui viendra ; ouvre-lui la bouche, et tu trouveras un statère. Prends-le, et donne-le-leur pour moi et pour toi. »
Nous sommes censés déduire de ce passage que Jésus est le Fils de Dieu, et donc qu’il ne doit pas payer la redevance au Temple.
Malheureusement, à l’époque, une controverse existe entre les pharisiens et sadducéens. Les premiers estiment que les prêtres ou qohen aaronides doivent payer la redevance au Temple, les seconds estiment, au contraire, qu'ils ne doivent pas payer cette redevance parce qu’ils sont fils d’Aaron et qu’ils sont astreints au sacerdoce sans en avoir le choix, puisque le sacerdoce juif est héréditaire. Et donc ce passage prend une tout autre sens, il nous suggère que Jésus était un qohen et qu’il refuse de payer la redevance exigée par les pharisiens.
Un autre passage montre aussi Jésus défendre certains structures sacerdotales contre les pharisiens laïcs (Matthieu 23, 6) :
Ils font toutes leurs actions pour être vus des hommes. Ainsi, ils élargissent leurs phylactères.
Les phylactères sont des petites boites cubiques que les Juifs portent sur le front et sur le bras gauche quant ils font leurs prières. Un seul personnage porte un phylactère rectangulaire, c’est le grand-prêtre de Jérusalem. Autrement dit Jésus accuse les pharisiens de vouloir s’emparer de la grande prêtrise.
L'allongement des franges des talith possède aussi une ambiguïté tzitzit signifiant tresse, il est possible que le mot «vêtement» soit un ajout; Jésus reprocherait alors aux pharisiens de se laisser pousser les cheveux sans prendre des vœux de naziréat...

Dans la péricope des marchands chassés du Temple, on peut se poser la même question que pour la redevance au Temple, Jésus agit comme fils, mais comme fils de qui? D'après les chrétiens, comme Fils de Dieu, mais on peut tout autant admettre comme Fils d'Aaron.

L'idée d'un Jésus hasmonéen et fils d'Aaron permettrait de comprendre les tortures que les évangiles doivent réaliser pour faire naître Jésus à Bethléem. D'après Luc, Joseph est de Nazareth et vient à Bethléem pour se faire recenser (ce qui est absurde, puisque le recensement ne concernait pas la Galilée) et Jésus nait en 6; d'après Matthieu, Joseph est de Bethléem et Jésus nait entre –6 et –4, à l'époque du roi Hérode.



Stephan Hoebeeck




jeudi 5 novembre 2015

LES SACRIFICES D'ANIMAUX DANS LES ANCIENNES ÉGLISES CHRÉTIENNES PAR FREDERICK CONYBAERE


Mémoire lu en séance de section au Congrès International d'Histoire des Religions, le 3 septembre 1900.
Cet article a été publié dans la Revue de l'Histoire des Religion, Tome XLIV, n°1, en 1901.

On a tort de penser que pour les premières générations chrétiennes, la nouvelle foi ait partout entraîné la suppression des sacrifices d'animaux. Rien de plus légitime qu'une telle idée, mais rien de plus opposé au lent procès d'évolution des croyances religieuses. Il est vrai que dans le sein même du judaïsme, et bien avant l'apparition de Jésus, il y a eu une critique, quelque peu sévère, des offrandes sanglantes; Philon et Josèphe nous racontent que les Esséniens et les Thérapeutes les ont répudiées. Dans les milieux païens aussi, avant la naissance de Jésus comme pendant les trois siècles qui suivirent, nous pouvons signaler chez les Néo-Pythagoriciens, surtout chez Apollonius de Tyane, des tentatives d'une épuration en ce sens de l'ancienne religion grecque. Assurément ces tendances parallèles et d'inspiration semblable chez les exaltés grecs et juifs, ne furent pas sans exercer leur influence sur les premières communautés chrétiennes, où elles se reconnaissent sous la forme de l'abstention de la chair des sacrifices. En revanche Jésus lui-même semble n'avoir jamais discuté le système sacrificiel de sa patrie juive, et son église s'est recrutée pendant des siècles parmi des races, dans le coeur desquelles le culte sacrificiel était profondément enraciné. Les convertis n'ont pas toujours abandonné subitement les plus anciennes pratiques de l'humanité. Des changements brusques, des «sauts périlleux», l'histoire des religions n'en connaît pas.
Je trouve effectivement dans un ancien Euchologion conservé dans la Bibliothèque Barberini à Rome, plusieurs prières pour le sacrifice d'animaux. C'est un manuscrit qui fut écrit au VIIIe siècle, et qui a été porté au concile de Florence, comme manuel faisant autorité dans l'église byzantine, par les Pères grecs qui y assistèrent. Sur la page 449 de ce codex, sous la rubrique Une prière pour le sacrifice des boeufs se trouve l'oraison qui suit:
Toi qui as l'empire, Seigneur Dieu, notre Sauveur, saint et reposant parmi les saints, qui as commandé à chacun des tiens d'offrir volontairement les choses qui sont tiennes, avec un coeur pur et une conscience sans tache. — Tu as accepté du patriarche Abraham le bélier, au lieu d'Isaac que tu aimais, et daigné recevoir de la veuve son offrande spontanée. Aussi nous as-tu commandé à nous, tes serviteurs pécheurs et indignes, de sacrifier des animaux irrationnels et des oiseaux au profit de nos âmes. — Seigneur et Roi miséricordieux envers les hommes, accepte aussi l'offrande spontanée de ceux-ci, tes serviteurs, en mémoire de celui-ci, ton saint, et daigne la déposer dans les trésors célestes. Donne-leur la pleine jouissance de tes biens terrestres... Remplis leurs greniers de fruit, de blé, de vin et d'huile, et daigne remplir leur âme de foi et justice. Multiplie leurs animaux et leurs troupeaux. Et puisqu'ils t'offrent en rançon de substitution cet animal, puisse sa graisse être comme un encens devant ta sainte gloire. Que l'effusion de son sang soit le pain de la richesse de miséricorde et (la consommation) de sa chair, la guérison de leurs souffrances corporelles. De façon que par nous aussi, tes serviteurs inutiles, soit glorifié le très saint nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit... »
J'ai trouvé cette même prière dans deux autres manuscrits du IXe et du Xe siècle au couvent de Grotta Ferrata. L’un de ces manuscrits porte un titre ainsi formulé Prière pour le sacrifice des boeufs et des béliers. L'autre ainsi: Prière pour le sacrifice des boeufs et d'autres quadrupèdes.
Une autre prière du même genre se trouve dans un de ces deux mss. de Grotta Ferrata avec le titre: Pour le sacrifice des boeufs et des chevaux et des autres animaux. Dans le manuscrit Barberini on trouve également une prière faisant partie du rituel pascal, intitulée Prière de l'agneau, dont voici le texte:
Seigneur, Dieu de nos pères, toi qui as reçu d'Abraham l'holocauste au lieu d'Isaac son fils, reçois aussi, ô Seigneur, l'offrande de cet agneau, et récompense ceux qui l'offrent par l'octroi de dons éternels.
Dans l'un des codices de Grotta Ferrata se trouve encore une autre Prière pour bénir l'agneau et les viandes de Pâques. En voici le texte :
Regarde, ô Seigneur Jésus-Christ, ces viandes, l'agneau et le veau, et sanctifie-les comme tu as daigné sanctifier l'agneau qu'Abel t'avait apporté en holocauste et le veau que le père a fait immoler pour son fils qui s'était égaré, mais qui était revenu à lui. De la même façon que celui-là a mérité de jouir de la grâce, puissions-nous, nous aussi, jouir des choses sanctifiées par toi et bénites pour la nourriture de nous tous. Puisque tu es la vraie nourriture et le distributeur de tous les biens...
Évidemment ceux qui ont écrit cette dernière prière et qui s'en sont servis étaient tellement pénétrés de l'idée de sacrifice, qu'ils ont été jusqu'à interpréter dans le sens de victime et oblation sacrificielle le veau gras de la parabole; et dans la prière trouvée dans les trois manuscrits ensemble, Dieu est représenté comme se plaisant à flairer l'odeur et la fumée des graisses. C'est bien là le caractère du Dieu de Noé, des autres dieux primitifs et des dieux grecs transformés chez les chrétiens en malins démons.
On ne saurait fixer l'époque à laquelle les cultes sacrificiels ont cessé dans les grands centres grecs; mais ce qui est certain c'est que dès le VIIe siècle les Grecs orthodoxes reprochaient toujours aux Arméniens de célébrer un tel culte. Un témoin du Ve siècle, le Sahak catholicos, dans ses canons, témoigne qu'après la conversion de sa nation par saint Grégoire vers la fin du IIIe siècle du roi Trdat, les chefs des familles sacerdotales se rendirent auprès du roi pour se plaindre. Jusqu'à présent, dirent-ils, nous vivions des morceaux des victimes que le peuple nous apportait pour que nous les offrissions en sacrifice aux dieux. Mais après ce changement de religion et la suppression de nos dieux, nous allons mourir de faim. Alors le roi Trdat et son illuminateur, Grégoire, qui lui-même était par naissance doyen de la première famille sacerdotale, consolèrent les associés en leur assurant qu'en devenant chrétiens ils vivraient mieux qu'auparavant, puisqu'ils allaient recevoir non seulement la peau et les os, mais les morceaux lévitiques des victimes, ce qui
serait beaucoup plus satisfaisant. Les prêtres arméniens ne surent résister à cette amorce et adoptèrent presque en masse le christianisme.
On trouve, en effet, dans les rituels de l'église arménienne, plusieurs canons réglant le sacrifice. Les victimes sont le plus souvent des brebis, des chèvres ou des oiseaux. On ne sacrifie plus les boeufs ni les chevaux, soit parce qu'ils ont trop de valeur, soit parce que le bon Dieu préfère des jeunes victimes dont la chair est tendre. Car de telles offrandes sont appelées «tendres» (arménien, matalq), mot que les écrivains de Byzance ont traduit par ματάλια. La vie populaire fournit mainte occasion de sacrifice. En cas de maladie dans la famille ou dans ses troupeaux, on voue un matal à Dieu pour obtenir la guérison. On cherche aussi, en sacrifiant, à obtenir du repos pour les âmes des défunts. Il y a en outre l’agneau pascal.
Les victimes immolées en accomplissement d'un voeu, s'appellent des offrandes dominicales. On présente l'animal à la porte ou narthex de l'église, où l'attend le prêtre ou les prêtres. Celui-ci bénit du sel, et on met dans la bouche de la victimes une poignée de ce sel exorcisé par prières spéciales.
On croit que ce sel, en pénétrant le corps par la bouche, le purifie de la corruption dont la chute d'Adam a infecté toute la création. La victime selon les rubriques doit, pour plaire à Dieu, n'avoir qu'un an et être sans tache. On la revêt d'un tissu rouge, souvent en mettant des bandelettes autour des cornes. On voile aussi avec du papier rouge la croix qu'on apporte pour l'occasion à la porte de l'église. Les grands blocs de pierre qu'on trouve souvent devant les portes des églises arméniennes et que les dévots y roulent dans leurs accès de ferveur, sont, je pense, en réalité des autels extemporisés. Les prêtres tuent les victimes, en mettant une main sur la tête ; et alors suit un banquet, auquel participent très souvent, non seulement le prêtre et le patron du sacrifice, mais aussi les pauvres et toute la congrégation de l'église. Je dois ajouter que les Arméniens avaient et ont même encore aujourd'hui l'habitude de tremper les mains dans le sang des victimes, afin d'en barbouiller les murs et les poutres de leurs maisons et de l'église. Le rite tel qu'on le trouve dans les euchologia comprend, outre la prière, le chant de plusieurs psaumes avec des lectiones des saintes Écritures. Les prières rappellent au bon Dieu les sacrifices d'Abel et de Noé, délicieux à ses narines, et le pur holocauste d'Abraham, en le suppliant d'accepter également ces offrandes qui remplacent les odieuses victimes offertes parfois aux démons païens. Elles lui demandent aussi la foi et la santé, tous les biens terrestres et célestes, pour ceux qui ont apporté les victimes.
Le rite du sacrifice pour le repos des âmes des défunts est un rite à part et séparé. Le nom du défunt est formellement rappelé, en demandant pour lui la miséricorde divine afin qu'il prenne sa place parmi les saints. La consommation de la chair sacrifiée ne semble pas être restreinte au prêtre et à la famille et aux amis du défunt. Les pauvres en ont aussi leur part. C'est en effet un festin funéraire. Les prières ne rappellent point l'idée que l'âme du défunt ait besoin d'être nourrie de la fumée et des odeurs de la chair brûlée. Néanmoins je pense que des croyances semblables survivent toujours parmi les Arméniens, puisque leurs pierres tumulaires portent toujours, à chaque coin, des creux ronds pour recevoir le vin et les mets profitables aux défunts. Mais dans les prières du rituel ce sont les idées expiatoires qui prédominent. Les pères de l'église arménienne se plaignent continuellement des excès d'ivresse et de violence qui caractérisaient les funérailles, et ce rituel est en réalité un essai de modifier ces excès en donnant une empreinte chrétienne aux banquets de la mort.
Reste le sacrifice de l'agneau pascal, qui se célèbre lors de la fête de la résurrection. C'est une fête de famille, et l'on garde l'agneau dans la maison quelques jours auparavant. Évidemment cette cérémonie est d'origine juive, quoiqu'elle ne se rattache plus au 14 du mois de Nisan, mais à la résurrection. Les homélies d'Aphraat témoignent qu'au commencement du IVe siècle l'église syriaque commémorait exclusivement la passion de Jésus, et non sa résurrection; qui en revanche était célébrée tous les dimanches. On n'a rattaché le sacrifice de l'agneau à la résurrection que plus tard. On ne rencontre que très rarement dans les manuscrits arméniens le rituel de l'agneau pascal, par la raison, je pense, que le cérémonial avait lieu dans une maison particulière et nullement dans l'église. Le père de famille était le célébrant, non le prêtre.
Les Arméniens donnaient à ces banquets de chair sacrificielle le nom l’Agape. Ils avaient lieu souvent le soir, et anciennement ils se terminaient par la célébration de l'eucharistie. Au XIIe siècle, le catholicos Sahak devenu membre de l'église grecque et censeur acharné des Arméniens, mais connaissant très bien l'église qui l'avait chassé comme grécisant, reproche violemment à ses compatriotes de n'assister jamais au saint mystère du corps de Jésus-Christ sans s'être préalablement remplis de la chair des sacrifices judaïques. Les Arméniens eux-mêmes ont toujours affirmé que c'est Jacques, frère du Seigneur et premier président de l'église de Jérusalem, qui rédigea le cérémonial de leurs sacrifices, surtout de la bénédiction du sel. Pour justifier ce cérémonial, ils renvoyaient toujours les controversistes grecs et latins à la loi de Moïse et aux écritures lévitiques. Je dois ajouter que déjà au VIIIe siècle le patriarche arménien Jean d'Otzun, qui était quelque peu eu rapport avec l'église byzantine, tâchait de séparer l'eucharistie de l'agape de chair sacrificielle par un intervalle de temps. S'il faut en croire le catholicos Sahak que je viens de citer, il n'y avait pas parfaitement réussi.
L'église géorgienne ou ibérique du Caucase conserve, comme celle des Arméniens, les rites de sacrifice, quoiqu'elle se soit séparée de celle-ci dès le milieu du VIe siècle, pour se rattacher À la communion byzantine. Aujourd'hui l'église russe orthodoxe l'a absorbée, sans cependant avoir pu abolir ces rites particuliers. Assurément on trouvera dans les Euchologia manuscrits des Géorgiens, qui remontent au Xe et peut-être au VIIIe siècle, les mêmes formules, les mêmes canons rituels, que chez les Arméniens.
Dans l'Occident aussi on peut signaler parmi les premières générations chrétiennes un système sacrificiel; et plus d'une fois, dans ses lettres, Boniface, évêque de Mayence, reproche aux missionnaires celtes d'avoir laissé à leurs convertis leurs sacrifices d'animaux, — ce que faisaient parfois en Angleterre les missionnaires du pape lui-même aussi tard que le VIIIe siècle. En Orient et en Syrie c'est surtout l'influence des manichéens qui a porté les églises chrétiennes à abandonner les sacrifices d'animaux.