dimanche 14 février 2016

L'Évangile de Thomas, la source Q et les synoptiques: Essai de reconstitution de la Parabole du Semeur (Partie I)

La version copte de l'Évangile de Thomas a été retrouvée à Nag Hammadi en 1945; ce texte était déjà partiellement connu par le papyrus grec Oxyrhynchus 654, trouvé à la fin du XIXe siècle.
L'Évangile de Thomas a fasciné les gens pour plusieurs raisons: d'abord, il a révélé que des gens s'intéressaient à Jésus en tant que sage, et non en tant que sauveur mort et ressuscité; ensuite sa découverte confortait la source Q. 
La Source Q (Q, l'initiale de l'allemand Quelle signifiant «source») est une des plus brillante théorie pour résoudre le problème synoptique. En fait, on constate que les évangiles de Matthieu et de Luc diffèrent principalement de l'Évangile de Marc, par l'ajout de paroles de Jésus, regroupées principalement mais pas exclusivement, dans le Sermon sur la Montagne, le Discours aux Disciples, et des Paraboles ajoutées ici et là, etc. En effet, la plupart des miracles présents en Luc et en Matthieu se trouvent aussi en Marc [Excepté la guérison du serviteur du centurion; ce passage est peut être absent volontairement de Marc, en ce sens qu'il décrit un Romain converti au judaïsme, or le christianisme s'affiche comme une religion concurrente du judaïsme; Marc a dû estimer plus intelligent de ne pas mentionner cette histoire. Notons que Jean conserve le texte, mais le remanie, le centurion devient un «officier du roi» afin d'effacer l'allusion aux prosélytes ou convertis au judaïsme; notons que la falsification de Jean n'est pas très intelligente, en effet, il prétend qu'il s'agissait d'un officier du roi, mais de quel roi: Hérode est mort en –4, et Agrippa ne deviendra roi de Judée qu'en 37, donc bien après la mort de Jésus; la Galilée était à ce moment-là sous la domination d'Hérode Antipas qui n'a jamais porté le titre de roi, mais seulement celui de tétrarque.] Les évangiles de Luc et de Matthieu diffèrent encore de l'Évangile de Marc, en ce qu'ils traitent de l'enfance de Jésus: néanmoins, et quoi que ce ne soit pas notre propos, les parties des évangiles de Luc et de Matthieu relatives à l'enfance de Jésus semblent provenir, malgré leurs divergences, du Proto-évangile de Jacques qui date des années 138–140. En effet, la version des quatre évangiles sur laquelle Marcion mit la main en 138 différait de nos évangiles. Il semble que l'Évangile de Matthieu en usage à ce moment-là commençait avec la Baptême de Jean et ne mentionnait ni généalogie de Jésus, ni mages, ni massacres des innocents, ni fuite en Égypte; quant à l'Évangile de Luc, il semblait commencer avec la préface (1, 1–4),  les passages sur Jean Baptiste (1, 5–25 ; 1, 57–80, mais avec un Benedictus probablement moins développé que dans la version actuelle et passait directement au Baptême de Jean en Luc 3, 1. L’annonce à Marie, la visitation à Élisabeth, la naissance de Jésus, la circoncision au Temple, les prophéties de Shiméon et d’Anne, le départ pour Nazareth dépendent aussi du Proto-évangile de Jacques, quant à Jésus interrogé au Temple c'est une reprise de l'Autobiographie de Flavius Josèphe qui raconte qu'il fut interrogé sur sa connaissance des lois vers 13 ans. Bref tout le chapitre II de Luc n’avaient pas encore été composé; pareillement la généalogie de Jésus n’en faisait pas partie (3, 23–38). En fait, ce premier Évangile de Luc ne donnait aucune indication sur les origines de Jésus, mais seulement sur les origines de Jean Baptiste; c’est pour cela que Marcion supposa que Jésus était sans naissance et était apparu spontanément vers 30. Il le supposa d’autant plus que les origines de Jean le Baptiste étaient clairement indiquées.

La nature de la Source Q est toujours débattue même s'il est certain que l'Évangile de Thomas n'est pas la Source Q, comme quelques uns l'ont pensé.

Concernant l'Évangile de Thomas, si le texte est fascinant, il y a peu de chance que les paroles qui n'ont pas de parallèles avec les évangiles synoptiques auraient été prononcées par Jésus (il convient d'excepter le Logion 1 et l'un ou l'autre); quant aux paroles de Jésus qui sont parallèles aux synoptiques, elles contiennent quelquefois des leçons intéressantes, comme nous le verrons, mais aussi de nombreuses réécritures gnostiques postérieures à 120, voire à 150. C'est évidemment le problème de son utilisation comme source historique pour retrouver les paroles originales de Jésus: les réécritures gnostiques compliquent singulièrement l'entreprise. Loin de nous de vouloir condamner la gnose; nous disons simplement que de nombreuses paroles de cet évangile peuvent difficilement avoir été prononcée en Judée en 30, alors que leur structure correspond nettement plus à la pensée gnostique en usage à Alexandrie dans les années 100–200.

Pourtant la structure de l'Évangile de Thomas et la conception de la Source Q aurait dû susciter un autre débat qui n'a jamais eu lieu: JÉSUS A-T-IL ÉTÉ UN ÉCRIVAIN? 
Cette question est effacée à cause de la théologisation de Jésus (Jésus devenu Dieu) et à cause des miracles, et surtout de l'attrait qu'ont les chrétiens pour quelques passages: tout le monde connaît la narration de la Femme adultère (qui est une composition due à Marcion ou à l'un de ses disciples), mais personne ou très peu la Parabole du Semeur (qui est certainement authentique, même avec des réécritures). 
Cette question d'un Jésus écrivain est cruciale; en effet, de nombreuses paroles qui lui sont attribuées dans les évangiles sont des apophtegmes, or personne ne parle en énonçant des sentences. Par contre, les recueils de sentences et autres apophtegmes est un genre très prisé dans l'Antiquité (Voir les Proverbes et le Siracide en monde juif, le pseudo Phocylide dans le judaïsme alexandrin, et en monde païen: les Sentences de Sextus le Pythagoricien, et encore celles des Sept Sages.) Et on peut se demander, si la première façon dont se fit connaître Jésus Fils de Joseph n'est pas en composant une Sagesse (Hokmah Yehôshu°a ben Yôsef) dont les paroles auraient été ne serait-ce que partiellement, conservées dans les évangiles synoptiques et dans celui de Thomas. Un tel texte aurait pu être lu publiquement en Judée et permettrait de comprendre comment Jésus passa à travers les siècles. En effet, l'idée que ses paroles auraient été notées par quelques disciples et pourquoi pas, sur des os de chameaux comme le Coran, et qui ensuite en auraient fait un recueil reste peu vraisemblable. La structure de ses paroles et de ses paraboles dans les évangiles respirent la composition littéraire. Hélas, l'idée d'un Jésus écrivain aura été effacée par les évangélistes; en effet, Jésus n'est-il pas le fils de Joseph, et sans instruction comme l'affirment les évangiles, Mahomet était aussi supposé avoir été un illettré... Présenter Jésus comme dépositaire d'un savoir venant directement de Dieu était une manière de le déifier, alors que s'il fut un écrivain, il devenait vraisemblable qu'il était érudit, que c'était un sage, qu'il était instruit et probablement issu des classes supérieures, et plus le fils d'un pauvre charpentier de Nazareth comme les évangiles tentent de le faire croire.

FIN DE LA PARTIE I

— Stephan HOEBEECK

Est-ce le Père qui révèle le Fils, ou le Fils qui révèle le Père?

En Matthieu 12, 27, nous lisons:
Toutes choses m’ont été données par mon Père, et personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père; personne non plus ne connaît le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler.
Parallèle à Luc 10, 22 qui dit la même chose:
Toutes choses m’ont été données par mon Père, et personne ne connaît qui est le Fils, si ce n’est le Père, ni qui est le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler.
Les passages sont clairs, c'est le Fils qui révèle le Père.
On a depuis longtemps noté que ces passages ont une connotation johannique qui assez difficile à expliquer, en effet dans l'Évangile de Jean, nous lisons certains passages parallèles:
10.14. Je connais mes brebis, et elles me connaissent, 10.15. comme le Père me connaît et comme je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis.
3.35. Le Père aime le Fils, et il a remis toutes choses entre ses mains.
13.3. Jésus, qui savait que le Père avait remis toutes choses entre ses mains, qu’il était venu de Dieu, et qu’il s’en allait à Dieu.
17.24. Père, je veux que là où je suis ceux que Tu m’as donnés soient aussi avec moi, afin qu’ils voient ma gloire, la gloire que Tu m’as donnée, parce que Tu m’as aimé avant la fondation du monde. 17.25. Père juste, le monde ne T’a point connu ; mais moi je T’ai connu, et ceux-ci ont connu que tu m’as envoyé.
Les similitudes sont indéniables.
Nous ne croyons pas que le Fils révèle le Père, où plutôt les choses sont plus complexes qu'elles ne semblent. 
En effet, en Matthieu 16, 13–20, nous lisons le Kérygme de Pierre, dont voici le texte:
Jésus, étant arrivé dans le territoire de Césarée de Philippe, demanda à ses disciples: «Qui dit-on que je suis, moi, le Fils de l’homme?» 
Ils répondirent: «Les uns disent que tu es Jean Baptiste; les autres, Élie; les autres, Jérémie, ou l’un des prophètes.» 
— «Et vous», leur dit-il, «qui dites-vous que je suis»? 
Simon Pierre répondit: «Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.» 
Jésus, reprenant la parole, lui dit: «Tu es heureux, Simon, fils de Jonas ; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais c’est mon Père qui est dans les cieux. Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux: ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux.» Alors il recommanda aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Christ.
Discours similaire dans les Homélies Clémentines (17, 18) qui contiennent une forme primitive des plusieurs passages des évangiles, nous y lisons:
Ainsi, à moi aussi le Fils fut révélé par le Père... En effet, après que le Seigneur eut dit que disait-on qu’il était, et comme j’entendais les autres dire qu’il était ceci ou cela; je ne sais comment j’ai dit: «Tu es le fils du Dieu vivant.» Celui qui m’a déclaré heureux m’a fait comprendre que le révélateur était le Père. 
Ces textes sont clairs, mais contradictoires; les uns disent que «c'est la Père qui révèle le Fils», les autres que «c'est le Fils qui révèle le Père»; que choisir?

Résoudre cette difficulté, c'est-à-dire déterminer QUI RÉVÈLE QUI, a provoqué des cheveux gris aux théologiens classiques; mais, ce n'est pas aussi complexe qu'ils ont voulu le croire. En effet, ceux qui donnèrent aux évangiles leur forme quasi définitive dans les années 135 s'abreuvaient à des sources multiples: les unes qui proviennent du judaïsme mystique antérieur à la destruction du Temple, particulièrement du Livre d'Hénoch; les autres qui proviennent du judaïsme alexandrin postérieur à la destruction du Temple: ce dernier combine des idées juives traditionnelles, philoniennes, hermétiques, mais aussi égyptiennes, etc. 
Première remarque, le début du passage de Matthieu 12, 27 et de Luc 10, 22 n'a probablement rien à voir avec la suite du passage, en effet quand nous lisons:
Toutes choses m’ont été données par mon Père...
Ce passage trouve des parallèles dans les livres de Daniel et d'Hénoch, dans lesquels nous lisons:
Je regardai encore dans la vision nocturne, et voilà qu’au sein des nuages célestes survint quelqu’un qui ressemblait à un fils de l’homme; il arriva jusqu’à l’ancien des jours, et on le mit en sa présence. C’est à lui que furent données la domination, la gloire et la royauté; l’ensemble des nations, peuples et langues lui rendaient hommage. Sa domination était une domination éternelle, immuable, et sa royauté ne devait plus être détruite. (Livre de Daniel, 8, 13–14).
Maintenant que cette première difficulté est levée, voyons la suite. 
Pour bien comprendre les évangiles, il faut en comprendre un axiome fondamental: les hellénistes, c'est-à-dire, les chrétiens issus du paganisme, attribuèrent à Jésus certaines de leurs croyances issues de leur connaissance du judaïsme alexandrin: ces deux passages en sont l'exacte illustration.
Les évangiles ont le tort à notre sens d'être un midrash ésotérique, ils racontent une histoire de nature spirituelle; malheureusement, pour raconter cette histoire, ils se sont servis d'un personnage historique, Jésus, et c'est ce qui a mené à toutes les confusions de la théologie chrétienne qui prétend qu'il faut croire en Jésus. Jésus n'est qu'un homme né de la semence de son père Joseph et de la matrice de sa mère Marie; mais le concept ésotérique dissimulé dans les évangiles, le Jésus non humain, le Fils de l'Homme, lui il est fils de la Sagesse, ou Shekinah. Ce Jésus non humain ne s'est pas incarné, ou plutôt il peut se manifester en chaque homme. Ce Jésus non humain est le Fils de l'Homme du Livre d'Hénoch: une puissance spirituelle qui se manifeste à l'homme. La Sagesse peut générer une puissance spirituelle et rester vierge, mais aucune femme ne le peut; le christianisme a cru que les acteurs qui jouaient le rôle de dieux, étaient des dieux eux-mêmes et non de simples acteurs.
Le véritable Jésus, ou Fils de l'Homme se trouve à l'intérieur de chaque homme comme on peut le lire en Matthieu qui dit:
Tout cela arriva afin que s’accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète: Voici, la vierge [l'âme] sera enceinte, elle enfantera un fils, et on lui donnera le nom d’Emmanuel (Isaïe 7, 14), ce qui signifie Dieu avec nous (Isaïe 8, 8–10).
Comme le dit Jésus dans le passage du Kérygme, c'est Dieu qui révèle le fils, c'est-à-dire, l'Emmanuel, la bonne part que Dieu a infusé en nous:
Tu es heureux, Simon, fils de Jonas; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais c’est mon Père qui est dans les cieux.
On retrouve la même idée dans les Paraboles d'Hénoch qui disent:
Et les rois et les puissants et tous ceux qui possèdent la terre loueront, béniront et exalteront celui qui règne sur tout ce qui est secret. Car devant lui est caché le Fils de l’homme, et le Très-Haut l’a gardé devant sa puissance et l’a révélé aux élus. Et la société des élus et des saints sera semée, et tous les élus se tiendront debout devant lui en ce jour. [Livre d'Hénoch, Les Paraboles d'Hénoch, 62, 6–8]
Le Fils ou puissance spirituelle cachée est bien révélée aux hommes par le Père; quand celle-ci se révèle, l'homme commence à comprendre la nature du Père qui a envoyé le Fils, c'est pour cela que les évangiles disent encore que:
Personne non plus ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.
Il s'agit donc bien d'étapes spirituelles: d'abord, Dieu éveille en l'homme la puissance spirituelle endormie qu'il a infusé en chacun d'entre nous; et ainsi, quand elle s'éveille, elle nous révèle la vraie nature de Dieu. 
Cela montre aussi que le christianisme a bien besoin de se réformer et d'abandonner la déification de l'homme Jésus, pour réapprendre la mystique sacerdotale qu'il a probablement enseigné. En fait, la folie du christianisme est d'avoir présenté, le Fils de l'Homme comme un personnage qui est venu sur terre en Jésus, alors que le Fils de l'Homme réside en chaque homme. 

Les gens se demandent évidemment comment cette puissance spirituelle est éveillée? Son éveil ne dépend pas de notre volonté, mais de Dieu seul; néanmoins, la manière dont cela se produit est probablement la suivante: appliquer la Torah afin de se purifier, être envers Dieu comme des serviteur qui n'attendent nulle récompense, pratiquer la justice et s'opposer à l'injustice, prier afin d'attirer la bénédiction sur nous, consacrer notre nourriture afin de fortifier l'être spirituel caché, méditer sans cesse, etc. Dans le véritable christianisme, il n'est nulle part question croire en Jésus mais de trouver le Logos. L'avenir du christianisme, ce sera moins de Jésus et plus de spiritualité.

On peut enfin se demander pourquoi, le Fils est appelé «Fils»? Le Fils se réfère à Adam, appelé dans l'Évangile de Luc, «Fils de Dieu». Cette image de Dieu (en effet la Bible nous dit qu'Adam fut créé à l'image et à la ressemblance Dieu), subsiste en chaque homme et n'attend que notre obéissance aux Lois de Dieu pour émerger et se manifester.

Si l'homme historique appelé Jésus n'est pas important, alors il n'est pas mort pour nos péchés? À nouveau, le problème réside dans le mélange d'événements historiques et de concepts spirituels. En effet, quand Dieu manifeste sa puissance en l'homme, à ce moment-là, le vieil homme meurt pour que le nouveau puisse germer. De même, quand l'homme Jésus ou le vieil homme que nous portons en nous meurt, le Christ ou l'homme nouveau s'éveille comme naturellement; c'est alors que les péchés sont pardonnés.

— Stephan HOEBEECK


lundi 8 février 2016

Oui, la Torah est utile pour les chrétiens!!

Cette affirmation est celle que suggère différents passages du Nouveau Testament aux chrétiens qui le lisent, sa rare utilité aurait été juste de prédire la venue de Jésus. 

Nous ne pouvons souscrire à une telle affirmation pour plusieurs raisons. D'abord cette conclusion n'est énoncée nulle part dans les évangiles, même si en quelques endroits celle-ci est suggérée; ensuite, celui qui l'affirme est Paul, sous prétexte que la Loi ne sauve pas.

Paul quand il dit que le salut provient seulement de Jésus, se contente de plagier Philon d'Alexandrie qui affirme que la salut provient du Verbe-Logos (identifié à Jésus par Jean et Paul), mais ce que Paul oublie dans les affirmations de Philon c'est que la Torah prépare l'homme à être sauvé par le Logos. Paul fait partie de ces gens qui croient que la progression spirituelle se fait de rien à tout, un peu comme Athéna qui sort armée et adulte du crâne de Zeus. 

Le rejet de la Torah par le Nouveau Testament est en réalité une concession des chrétiens à l'Empire romain. En effet, l'État romain considérait que la Torah faisait obstacle à l'application du droit romain, puisqu'elle contient un droit concurrent en quelque sorte. En plus, l'État romain considérait que la Torah poussait les Juifs et les judaïsants à se révolter contre Rome. Les Romains reprochaient encore aux Juifs et aux judaïsants qu'en suivant la Torah, ils contrevenaient aux lois romaines. En effet, à partir de 130, la circoncision est assimilée dans le droit romain à une castration et donc interdite, elle ne redeviendra légale que sous le règne d'Antonin le Pieux et encore, pas complètement, puisqu'elle reste interdite aux convertis au judaïsme; elle n'est donc autorisée qu'aux bébés nés de parents Juifs. Enfin, la Torah poussait les Juifs et les judaïsants à adopter des mœurs différentes de celle de l'ensemble du monde romain: les Romains ne se reposent pas le septième jour, ils ne se reposent jamais d'ailleurs, et donc, le repos du sabbat est pour eux une simple fainéantise; ils sont tout autant critiques sur les pratiques alimentaires juives et sur les règles de pureté qui obligent les Juifs à s'isoler des autres citoyens romains. 

Et soudainement vint le christianisme qui affirme croire au même Dieu que les Juifs, qui abroge la Torah assimilée à un Ancien Testament, autrement dit qui oblige les chrétiens à être fidèles à Rome, à ne plus pratiquer la circoncision, à ne plus se reposer le jour du sabbat et à ne plus s'isoler pour pratiquer des règles de pureté. 

À bien y regarder, si l'Empire romain avait dû constituer un judaïsme pacifique envers Rome, il n'aurait pas été très différent du christianisme. 

En plus, comme dans le christianisme, Jésus est le messie et qu'il est déjà venu, plus besoin de suivre un faux messie comme bar kokheba qui a fait une dure révolte contre Rome.

Lorsqu'on lit bien les évangiles, on constate que Jésus reproche aux pharisiens d'avoir des prescriptions orales qui s'opposent à la lettre de la Torah, et qu'il rejette pour cette raison; si Jésus défend l'interprétation littérale de la Torah, il est clair qu'il ne l'abroge pas.

On a trouvé quelques fragments d'un évangile inconnu que l'on a appelé évangile d'Egerton, du nom de son propriétaire. Sans entrer dans les détails de ce texte, tous les critiques sont d'accord pour admettre qu'il s'agit d'un pré-évangile qui date des années 120–140 (notons que les savants chrétiens tentent au mépris de la réalité de ce texte de la faire passer pour un document qui daterait des années 50, en effet comment expliquer qu'en 120–140 circule un évangile primitif, alors que les quatre évangiles sont censés déjà circuler depuis plus de 60 ans. Plusieurs passages des évangiles montrent qu'ils contiennent des allusions à la seconde guerre judéo-romaine et prouve que les évangiles ne prirent leur forme définitive qu'après 140.) Mais revenons à l'évangile d'Egerton qui contient l'histoire du lépreux guéri par Jésus que l'on retrouve en Marc 1, 40–45, Matthieu 8, 2–4 et Luc 5, 12–16. Néanmoins, plusieurs différences existent entre le papyrus d'Egerton et les versions des synoptiques. Dans le papyrus d'Egerton, Jésus ne touche pas le lépreux, il se tient à distance et le guérit à distance. La Torah interdit à un homme de s'approcher d'un lépreux et a fortiori de le toucher. Dans le cas où Jésus touche le lépreux, il renie la Torah, dans le cas où il le guérit à distance, il se conforme pleinement aux prescriptions de la Torah et donc la confirme. 

D'autres passages montrent les réécritures dans les évangiles, nous pensons par exemple aux moments pour jeûner (Mt 9, 14–15; Mc 2, 18–20 et Luc 5, 33–35), en effet la conclusion de Jésus n'a guère de sens, la question est pourquoi ses disciples ne jeûnent-ils pas à ce moment précis, or on sait que le judaïsme est en tension entre écoles sur des questions de calendrier: les uns estiment qu'il faut suivre le calendrier solaire les autres estiment qu'il faut suivre un calendrier luni-solaire. 

On peut aussi songer à la discussion sur les épis arrachés pendant le sabbat (Matthieu 12, 1–8; Mc 2, 23–28; et Luc 6, 1–5), plusieurs spécialistes ont montré que la discussion n'a guère de sens et estiment que la discussion primitive ne concernait pas le fait d'arracher des épis pendant le sabbat, mais bien d'arracher des épis pendant la période de l'omer (dite des sept sabbats) et d'en manger avant que la part réservée au Temple ait été prélevée. Il est facile de comprendre qu'il s'agit en réalité d'hommes qui étaient affamés et qui avaient le besoin absolu et immédiat de manger. La décision de Jésus ressemble à celle de Mathathias qui a estimé qui si les Juifs sont attaqués pendant le sabbat, ils peuvent défendre leur vie dans le plein sens du terme; en effet, des Juifs pendant la révolte contre les Séleucides en –167 avaient été attaqués par les troupes syriennes et avaient été tués sans qu'ils se défendent parce que c'était le sabbat. Sa décision consiste à dire que l'homme peut manger si sa vie est menacée même si cela diminue les prélèvements envers le Temple. La partie finale: le fils de l'homme est maître même du sabbat, devait plutôt être quelque chose comme la vie est plus importante que les prélèvements du Temple. Il ne s'agit pas d'une remise en cause de la Torah, mais simplement d'une divergence interprétative entre exégètes juifs (Jésus d'un côté, les pharisiens de l'autre.)

Comme on le voit les réécritures des évangiles ont progressivement affirmé que la Torah ne devait pas être suivie par les chrétiens, parce qu'elle serait devenue inutile; mais de telles affirmations ne correspondent pas à l'enseignement original de Jésus. Dans le conflit entre les partisans de Jacques et ceux de Paul, c'est certes Paul qui a gagné, mais sa victoire n'est pas conforme aux enseignements de Jésus. 

Je peux néanmoins admettre que la terreur que faisaient peser les autorités romaines sur ceux qui judaïsaient ait pu pousser certains responsables à chercher un compromis, mais aujourd'hui ce compromis n'est plus utile: la circoncision n'est plus interdite, le sabbat n'est plus proscrit, et si les gens veulent manger en se conformant à des règles alimentaires, cela fait partie de leur libre choix. Les chrétiens devraient donc veiller à restaurer ce qui a été faussé et à se conformer à l'enseignement original, plutôt qu'à celui des copies falsifiées. Ces quelques passages montrent que les premiers chrétiens obéissaient à la Torah et que son rejet par les chrétiens postérieurs n'est pas justifié.

Mais à quoi sert la Torah? En effet, les chrétiens pour y revenir doivent aussi comprendre que la Torah n'est pas qu'une loi, mais une véritable méthode pour le rapprocher de Dieu. En effet, le judaïsme par la Torah définit des rythmes sacrés dans l'année liés aux fêtes agricoles; mais aussi indique les règles des purifications spirituelles et corporelles qui permettent à l'homme de se rapprocher de Dieu. En effet qui voudrait servir du bon vin dans un verre sale et souillé par la boue: personne. Quand on reçoit une bonne bouteille de vin, on prend ses plus beaux verres, on les nettoie même s'ils sont propres afin de profiter au mieux de l'arôme du vin, et enfin on le boit. Les prescriptions de la Torah ne sont en rien différentes, elles font que l'homme devient un réceptacle adéquat à la présence divine. La prière n'est pas suffisante, le rythme de vie est aussi important, l'ingestion de nourritures conformes aux prescriptions édictées par Dieu à Moïse sont autant de méthodes qui favorisent ce retour de l'homme à Dieu.

Certains se diront que l'auteur de l'article est peut-être juif, et qu'il tenterait de judaïser le christianisme. Et non, ni mes parents, ni mes grands-parents, ni mes arrières-grands-parents ne sont juifs, et même plus loin, ce n'est pas non plus le cas. Par contre, j'ai lu les évangiles et la Bible, et j'ai trouvé de nombreux préceptes dans les évangiles qui apparaissent comme des réécritures en vue de séparer les chrétiens des Juifs. Je peux admettre que les autorités chrétiennes aient choisi cette voie en vue de préserver les chrétiens pendant les persécutions anti-juives d'Hadrien, mais aujourd'hui ces persécutions sont terminées, cela fait donc depuis longtemps que les chrétiens auraient dû revenir à plus de judaïsme, mais ils ne l'ont pas fait, peut-être est-il temps de changer. 

Si on lit le Talmud, on constate qu'il y a une opposition à reconstituer l'État judéen ou d'Israël. Aujourd'hui, de nombreux Juifs ont compris que les rabbins avaient écrit de tels propos parce que le peuple juif sortait de trois révoltes (66–70; 115–118; et 132–135) qui avaient vu les populations juives être divisées par 10 (les Juifs sont passés de 5 millions en 50 à moins de cinq cent mille en 150); il était donc urgent pour les rabbins de décourager tout aventurisme indépendantiste qui mettrait en péril les communautés juives déjà menacées en de nombreux endroits. Mais aujourd'hui, après la shoah, il était évident que la recréation de l'État d'Israël était une nécessité, et les décisions talmudiques qui interdisaient de recréer l'État d'Israël ont ainsi été, à juste raison, abrogées.

Le véritable christianisme ou christianisme original n'est pas celui des Églises chrétiennes, mais bien le nazaréisme qu'il appartient à chaque chrétien de vouloir ou non reconstituer. 

Le christianisme est entré en pleine déliquescence: les Églises se vident, le message n'est plus compris, et le christianisme ressemble souvent à un socialisme croyant, voire à un club. Nous pensons que le christianisme a encore un avenir; mais le christianisme de demain, ce sera moins de Jésus et plus de Torah. Le christianisme se contente de sauver après la mort, alors que la pratique de la Torah rend l'homme participant à la vie divine dès cette vie-ci. 

De toute manière, la question à laquelle il appartient à chaque chrétien de répondre est la suivante: si la Torah vient de Dieu pourquoi n'est elle pas pratiquée par les chrétiens. Et si ils pensent qu'elle ne vient pas de Dieu, pourquoi la conserver, et que penser de Jésus qui s'appuie entièrement sur la Torah. Dieu changerait-il d'avis??????

Il est peut-être aussi temps d'appeler l'Ancien Testament par son nom, Tanak: la Loi, les prophètes et autre écrits (historiques, liturgiques, sapientiaux, etc.) et ainsi de mettre fin au mépris dans lequel il est tenu.

vendredi 29 janvier 2016

Flavius Josèphe et Joseph d'Arimathie

Plusieurs spécialistes ont identifié Joseph d'Arimathie à Flavius Josèphe, en effet Joseph Arimathaias c'est Joseph le Lion (Ari) fils de Matthias, autrement dit Flavius Josèphe. Mais, les explications de sa présence dans les évangiles n'a jamais été expliquée.
1. En 62, ce n'est pas Jacques le Juste qui a été exécuté par Hanan ben Hanan, mais bien Bannous, un disciple de Jean le Baptiste et le propre maître de Flavius Josèphe.
2. Quand les évangélistes ont voulu composé la mort de Jésus ils ont utilisé plusieurs sources pour faire leur propre narration:
  1. la Vie de Jésus le Nazaréen composé par Flavius Josèphe
  2. la Vie de Bannous aussi composée par Flavius Josèphe
  3. autres inconnues
Quand Flavius Josèphe a raconté la mort de Jésus, il a composé une allégorie, dans laquelle il veut montrer que si le Temple a été détruit, c'est la faute des Juifs eux-mêmes, raison pour laquelle Caïphe veut condamner Jésus, comme les sicaires veulent condamner le Temple; ensuite il veut montrer que les Romains ne furent que de simple exécutant de la volonté divine qui avait condamné le Temple, il va donc innocenter Titus de sa destruction, comme il innocente Ponce Pilate de la mort de Jésus (c'est la faute des Juifs). Enfin, il prend la défense de la reine Bérénice, en faisant intervenir l'épouse de Pilate en faveur de Jésus, comme Bérénice est certainement intervenue en faveur du Temple auprès de Titus.
Dans la mort de Bannous, c'est d'autre chose dont il est question. Bannous fut un chef révolutionnaire sicaire et Flavius Josèphe fait tout ce qu'il peut pour l'innocenter. Il a dû parvenir aux oreilles des Romains que Bannous fut bien le commandeur de la révolution de 55 et le maître de deux disciples célèbres: Flavius Josèphe lui-même et Shiméon Bargiorna le chef de la révolution de 66–70, décapité par Titus en 71 lors de son triomphe. 
La trame dut s'organiser comme suit: Bannous après plusieurs années d'exil revient à Jérusalem à la Fête des Tentes 62, alors que le procurateur de Rome est décédé et que son successeur n'est pas encore arrivé. Ce passage est conservé dans les évangiles qui décrit l'entrée de Jésus à Jérusalem pendant la Fête des Tentes. Hanan ben Hanan panique, il sait parfaitement que sa venue à Jérusalem sera synonyme de révolte contre Rome: il le fait arrêter et exécuter, mais est démis à cause de cela (les origines de Bannous nous sont inconnues mais il est probable qu'il appartiennent à une importante famille syro-phénicienne romanisée, Bannous est probablement un ancien officier supérieur de la légion romaine et devrait être identifié au Centurion du serviteur guéri par Jésus). Dans la narration, Flavius Josèphe veut donc montrer que Bannous n'est pas un sicaire révolutionnaire. Il va donc inventer le personnage de Judas Iscariote fils de Shiméon qui n'est pas très difficile à identifier, il s'agit de Judas le fils de Simon le Sicaire et petit-fils de Judas le Galiléen. Simon le Sicaire fut crucifié en 48 par Tibère Alexandre pour insurrection. Judas le Sicaire livre Bannous à Hanan, c'est le premier argument que donne Flavius Josèphe pour innocenter Bannous d'activités révolutionnaires anti-romaines, en effet, cette narration n'a d'autre but que de montrer que Bannous n'est pas un sicaire et qu'il est un modéré, raison de la livraison par Judas. La seconde manière par laquelle Flavius Josèphe voudra innocenter Bannous de l'accusation de sicarisme, c'est avec Simon Pierre, ou Simon Bargiorna: Ne prenez pas l'épée; celui qui sort l'épée périra par l'épée, ce qui sera le cas de Simon Bargiorna qui sera décapité par une épée. Il montre donc brièvement que Simon Bargiorna en tirant l'épée en en s'opposant à l'arrestation de Bannous n'a rien compris au pacifisme de Bannous et n'est qu'un mauvais disciple.
Ces questions nous semblent secondaires, mais elles sont à cette époque primordiales: en effet, le Judaïsme est menacé d'anéantissement, Flavius Josèphe sait qu'il existe une tendance païenne radicale au Sénat de Rome qui veut en finir avec les Juifs, il se bat sur deux fronts: l'émergence d'un judaïsme pacifiste envers Rome et la continuité du judaïsme sacerdotal, afin de permettre la reconstruction du Temple. Il combat enfin le judaïsme rabbinique qui peut très bien se passer du Temple.









dimanche 10 janvier 2016

Une allusion à Flavius Josèphe dans l'Évangile de Jean

Dans l'Évangile de Jean, en Jean 3, 25, nous lisons un très étrange passage:
Or, il s’éleva de la part des disciples de Jean une dispute avec un Juif touchant la purification. 
On s'attendrait à avoir quelque écho de la polémique sur la purification en Jean 3, 26 et suivants, mais cette polémique ne s'y trouve pas. On lit juste que Jésus baptise et fait plus de disciples.
Le Père Émile Boismard a proposé de placer les versets 3, 23–25 , entre 1, 18 et 1, 19, ce qui est certes plus logique, si ce n'est que nous ne trouvons pas plus la polémique sur la purification, seulement une discussion dans laquelle Jean affirme qu'il n'est ni le christ ni un prophète.

En fait le verset 3, 25 est un anachronisme, l'auteur du verset considère que le baptême de Jean sert bien au pardon des péchés. Et dans les Antiquités Juives, 15, 5, 8, nous lisons le passage suivant:
En effet, Hérode l’[Jean le Baptiste] avait fait tuer, quoique ce fût un homme de bien et qu’il excitât les Juifs à pratiquer la vertu, à être justes les uns envers les autres et pieux envers Dieu pour recevoir le baptême; car c’est à cette condition que Dieu considérerait le baptême comme agréable, s’il servait non pour se faire pardonner certaines fautes, mais pour purifier le corps, après qu’on eût préalablement purifié l’âme par la justice. 
Comme on le lit très clairement dans Flavius Josèphe, le baptême de Jean consiste en des ablutions purificatrices du corps et non en un baptême de repentance comme le prétendent les évangélistes.
Le passage des évangiles s'éclaire parfaitement:
Or, il s’éleva de la part des disciples de Jean [c'est-à-dire l'auteur de l'Évangile de Jean] une dispute avec un Juif [Flavius Josèphe] touchant la purification [à savoir, est-ce que c'est le baptême qui purifie comme le prétendent les évangiles, ou est-ce la pratique de la vertu, c'est-à-dire, des commandements, qui procure la purification, comme le prétend Flavius Josèphe].
L'opinion de Flavius Josèphe est très certainement la bonne, par exemple, les évangiles disent que Jean était vêtu du peau de chameau, animal non casher, et on sait que les qohen se vêtaient de lin, et aussi que Jean mangeait des sauterelles, outre que les sauterelles sont douteuses, les prêtres étaient en général végétariens.
De plus, Flavius Josèphe raconte que
Jugeant même insuffisante l’expérience que j’en avais tirée [des trois écoles juives pharisiennes, sadducéennes et esséniennes], quand j’entendis parler d’un certain Bannous qui vivait au désert, se contentait pour vêtement de ce que lui fournissait les arbres [c'est-à-dire du lin probablement], et pour nourriture, de ce que la terre produit spontanément [donc des fruits, et probablement du pain], et usait de fréquentes ablutions d’eau froide de jour et de nuit, par souci de pureté, je me fis son disciple. Après trois années passées près de lui, ayant accompli ce que je désirais, je revins dans ma cité.
Bannous est certainement un disciple authentique de Jean.
Notons qu'il est mentionné dans les évangiles, mais ce nom n'apparaît pas à cause d'une erreur de traduction (Matthieu 3, 7b–9 et Luc 3, 7b, 8):
7b. « Races de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir ? 8. Produisez donc du fruit digne de la conversion [metanoias], 9. et ne prétendez pas dire en vous-mêmes: “Nous avons Abraham pour père!” Car je vous déclare que de [ces pierres, araméen: âbannayâ] Bannous [araméen: Bannayâ] Dieu peut susciter des enfants à Abraham [ce qui implique que Bannous était un converti et n'était pas juif de naissance. En effet, le passage fait allusion aux polémiques au sujet des convertis, certains considérant leur descendance comme non-juive, et Jean Baptiste dit que la postérité du converti est aussi juive que la postérité naturelle d'Abraham.] 
Ce verset sur lequel même le célèbre Lagrange se demandait quel sens il fallait lui attribuer, en effet quel rapport peut-il y avoir entre ces pierres et une postérité à Abraham, et du fruit digne de la conversion, devient très simple à comprendre si on admet cette faute de traduction et que le passage mentionne Bannous [araméen vraisemblable: Bannayâ], au lieu de ces pierres [araméen: âbannayâ]. Quant à Bannous, ce serait un converti, au judaïsme puisque le texte fait allusion à la postérité des convertis.
Ces histoires de baptême du pardon des péchés est typique du pagano-christianisme et opposé aux conceptions du christianisme original qui est le judéo-christianisme. Le judéo-christianisme était un judaïsme pratiqué par les non-Juifs, qui pratiquaient les commandements comme n'importe quel Juif et qui ne considéraient pas que Jésus était dieu, mais seulement un prophète qui a enseigné les secrets de la Torah.

jeudi 31 décembre 2015

Qui est le chef des rois de Yavan ?

Dans l’Écrit de Damas, on trouve la mention d’un mystérieux chef des rois de Grèce ou de Yavan. Examinons d’abord le texte qui dit :
7. ...qu’ils ont fait chacun ce qui est droit à ses propres yeux 8. et ont choisi chacun selon l’obstination de son cœur ; qu’ils ne se sont pas tenus à distance du peuple, mais qu’ils se sont laissés aller délibérément, 9. marchant dans la voie des impies dont Dieu dit : le venin des serpents (est) leur vin 10. et le poison des aspics est cruel. (Deut. 32, 33). Les serpents se sont les rois des peuples ; et leur vin, ce sont 11. leurs voies ; et la tête des aspics, c’est le chef [ou la tête] des rois de Grèce [Yavan], celui qui est venu pour faire 12. vengeance sur eux. Mais de tout cela, ils n’ont rien compris, ceux qui érigent le mur intérieur et le recouvrent de plâtre, car 13. celui qui sème du vent et vaticine avec mensonge, il avait vaticiné pour eux, si bien que la colère de Dieu s’enflamma contre toute sa congrégation. [Traduction David Hamidovic: L’Écrit de Damas : Le Manifeste essénien. Édition introduite, établie, traduite et annotée, par David Hamidovic. Paris-Louvain, «Collection de la Revue des Études juives». Peeters, 2011. Les passages entre crochets sont de nous, CD A VIII, lignes 7–13. ]
David Hamidovitch, dans ses notes à sa traduction de l’Écrit de Damas, précise que
la locution «tête des roi de Grèce» suggère un personnage vainqueurs des rois séleucides. Son identification est difficile, car elle dépend de la traduction du verbe «venir». Si on traduit par un présent historique ou un passé, «celui qui vient» ou «celui qui est venu», le personnage est une figure du passé, on peut penser au Romain Pompée en 63 av. J.-C., mais la date paléographique des manuscrits 4Q266, 4Q268 et 4Q270 indique une date de composition antérieure à cet événement. C’est pourquoi, on suggère une allusion à la victoire romaine à Magnésie de Sypile en 190 av. J.-C. Le chef des roi séleucides serait donc Rome. Si on traduit le participe par un futur, «celui qui viendra», une figure vengeresse est attendue, peut-être une figure eschatologique voire un messie royal. On préfère reconnaître une figure du passé, parce que la métaphore de la «tête des aspics» est curieuse s’il s’agit d’une figure espérée. [Idem, page 54.]
Dans sa préface [Ibidem, page x.], David Hamidovic mentionne la date paléographique de ces trois manuscrits qui sont supposés avoir été écrits pendant la première moitié du Ier siècle avant J.-C., donc entre –100 et –50. La paléographie n’étant pas une science exacte, d’autres spécialistes [Mentionné sur le site http://www.deadseascrolls.org.il où l’on peut découvrir la reproduction des manuscrits de Qumran et de Massada, et d’autres encore.] estiment que 4Q268 et 4Q270 doivent plutôt être datés de la période hérodienne, donc entre –40 et 0. Rien ne s’oppose donc à ce que ce chef des rois de Yavan soit Pompée. C’est d’ailleurs la principale identification que retiennent les différents spécialistes, comme André Dupont-Sommer dans sa traduction à l’Écrit de Damas, publiée dans La Bible — Écrits Intertestamentaires. [Page 159. Édition publiée sous la direction d’André Dupont-Sommer et de Marc Philonenko. « La Pléiade », Éditions Gallimard, nrf, Paris, 1987.] Signalons l’opinion alternative de Ben Zion Wacholder qui estime plutôt que le chef des rois de Yavan serait Alexandre le Grand et y voit une allusion au transfert de souveraineté de la Judée qui de perse devint grecque. [Page 242. Ben Zion Wacholder. The New Damascus Document — The Midrash on the Eschatological Torah of the Dead Sea Scrolls: Reconstruction, Translation and Commentary. Leyden, Brill, 2007.]
Ces interprétations, quoi qu’elles semblent logiques sont pourtant fausses. 
L’Écrit de Damas s’oppose à un groupe d’homme qu’il appelle de différents noms, dont «congrégation des traîtres» et «chercheurs des choses flatteuses». Ce dernier terme se retrouve dans le Pesher Nahum et désigne ceux qui se révoltèrent contre Alexandre Jannée
2. [...] Son interprétation concerne Démé]trius, roi de Yavan [Grèce, c’est-à-dire, la Syrie dans ce cas-ci], qui avait cherché à entrer à Jérusalem selon le conseil des chercheurs des choses flatteuses [en hébreu dôrshî hahalaqôth.] 3. [mais celui-ci n’y entra pas, car Dieu ne l’a pas livrée] dans les mains des rois de Yavan depuis Antiochus [c’est-à-dire depuis Antiochus Épiphane] jusqu’à l’arrivée des chefs des Kittim [il s’agit des Romains dirigés par Pompée] ; et après elle sera piétinée [par les Romains en –63.] [Pesher Nahum II, 2–4.]
Ces événements sont mentionnés aussi par Flavius Josèphe, qui dit qu’un groupe non nommé se révolta contre le roi de Judée Alexandre Jannée et fit alliance avec le roi grec de Damas, Démétrios III, afin de s’en débarasser. Mais une partie de ceux qui suivaient Démétrios se soumirent à Jannée ; ce qui l’empêchera de profiter de sa victoire et l’obligera à rentrer dans son royaume. Ce groupe continuera à se révolter et ses membres seront finalement capturés par Jannée et crucifiés, événements que l’on trouve mentionnés dans le Pesher Nahum (colonne II, lignes 4–8), comme dans Flavius Josèphe (Antiquités, livre XIII, aux chapitres XIII et XIV). Ce groupe, Flavius Josèphe ne dit pas qu’il s’agit des pharisiens dans leur ensemble, mais on comprend aisément avec d’autres mentions de cet auteur que ce groupe est sous-groupe des pharisiens. On peut donc déduire que si l’ensemble des pharisiens s’opposaient à la politique de ce roi, seule une partie d’entre eux entrèrent en révolte ouverte. Les raisons de cette révoltes nous sont inconnues, mais plutôt que de chercher dans une contestation de personnes, ou dans des changements calendaires, peut-être serait-il mieux d’estimer que cette révolte, comme la plupart des révoltes, provient soit d’une augmentation de la pauvreté, soit d’une hausse des impôts, cette dernière solution nous semble la plus vraisemblable. La congrégation des traîtres désigne bien les pharisiens qui se révoltèrent ouvertement contre Jannée, mais probablement aussi, ceux qui soutinrent cette révolte.
Le chef des rois de Yavan est donc contemporain de cette époque, il ne s’agit certainement pas de Pompée, qui a restitué la grande-prêtrise à Hyrcan II, soutenu par les pharisiens et qui ne semble pas avoir frappés les pharisiens. Nous pensons que l’interprétation du passage est bien plus subtile. 
Reprenons l’Écrit de Damas qui parle de ceux qui 
se sont laissés aller délibérément, 9. marchant dans la voie des impies dont Dieu dit : le venin des serpents (est) leur vin 10. et le poison des aspics est cruel. (Deut. 32, 33).
Voyons maintenant le passage crucial qui dit : 
les serpents se sont les rois des peuples
C’est-à-dire Démétrios III. 
Et leur vin, ce sont 11. leurs voies.
C’est-à-dire la voie de la trahison ou voie des impies. L’auteur accuse des hommes d’avoir suivi, de manière impie, un roi étranger ; nous sommes donc bien dans le cadre de la révolte contre Jannée et de l’appel que firent certains des révoltés auprès de Démétrios III. 
Nous arrivons au passage crucial qui a suscité tant d’incompréhensions :
Et la tête des aspics, c’est le chef [ou la tête] des rois de Grèce [Yavan], celui qui est venu pour faire 12. vengeance sur eux. 
Notons en premier que les «aspics», ce sont les «rois de Grèce», c’est-à-dire dans ce cadre narratif, Démétrios III. Mais alors qui est le «chef des aspics» et le «chef des rois de Grèce» qui «est venu faire vengeance sur eux» ? Ce n’est ni Pompée ni Démétrios III, ni Alexandre Jannée, mais Dieu Lui-même qui détermine et dirige toutes choses, y compris les rois de Grèce. Le passage suggère donc qu’ils n’auraient pas dû placer leurs espoirs dans des rois étrangers, mais bien dans le Dieu d’Israël qui commande à tous les êtres. C’est pour cela que l’auteur dira encore d’eux qu’ils
7. ...ont fait chacun ce qui est droit à ses propres yeux 8. et ont choisi chacun selon l’obstination de son cœur.
Ils ont fait ce qu’ils croyaient bien pour eux et ils ont été punis pour s’être opposés à la volonté de Dieu.
Les esséniens professent le déterminisme le plus radical, dans lequel Dieu domine directement sur toutes choses et sur tous les êtres : pour l’auteur, ce n’est pas Jannée qui les a mis à mort, c’est Dieu Lui-même qui les a mis à mort ; Jannée n’a été qu’un instrument, comme les croix auxquelles ils étaient attachés, comme les clous qui les tenaient suspendus. Pour comprendre les manuscrits de Qumran, il faut s’imprégner de leurs conceptions ; sans quoi, elles nous demeureront aussi fermées qu’une forteresse.
Quant au vaticinateur de mensonge, son nom n’est pas donné par les manuscrits, ni non plus par Flavius Josèphe, mais dans la mesure où le Talmud mentionne que les chefs pharisiens de cette époque sont Yehudah ben Tabbay et Shiméon ben Shetah, il est probable que ce fut l’un de ces deux qui était visé par le sobriquet.
Le passage en question ne visant pas Pompée, il est clair que la prise de Jérusalem par les Romains lui est inconnue. Dans la citation, deux phrases montrent que l’auteur a connaissance du sort des insurgés et qu’il approuve pleinement leur exécution :
11. [...] le Chef des rois de Grèce, Celui Qui est venu pour faire 12. vengeance sur eux.
Et :
12. [...] car 13. celui qui sème du vent et vaticine avec mensonge, il avait vaticiné pour eux, si bien que la colère de Dieu s’enflamma contre toute sa congrégation.
Cette interprétation permet aussi de situer le cadre temporel de la rédaction de l’Écrit de Damas, légèrement après la mort de Jannée et certainement bien avant la prise de Jérusalem par Pompée, donc vers –75.
Ces points sont aussi importants pour comprendre la théologie des manuscrits de Qumran dont les auteurs, du moins celui de l’Écrit de Damas, refusent l’idée de providence (ou d’un quelconque intermédiaire comme le logos de Philon d’Alexandrie) pour expliquer l’action de Dieu sur terre; pour lui, l’action de Dieu est directe et s’exerce sans intermédiaire.
Remarquons d’ailleurs que dans l’Apocalypse de Jean, on lit la phrase suivante qui rejoint parfaitement l’interprétation que nous avons proposée:
et de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né des morts, et le prince des rois de la terre (ὁ ἄρχων τῶν βασιλέων τῆς γῆς)!
Jésus, donc Dieu pour les chrétiens est le «prince des rois de la terre» dans l’Apocalypse, comme le «chef des rois de Yavan», est pour l’auteur de l’Écrit de Damas, Dieu Lui-même. Cette convergence, au niveau d’une expression si particulière, méritait d’être mentionnée.

mercredi 30 décembre 2015

Jésus était-il palestinien?

Lorsque j'entendis la première fois cette affirmation, j'ai cru que j'étais monté sans m'en rendre compte dans une machine à avancer dans le temps, et que je m'était retrouvé projeté le 1er avril 2016. Pincez-moi je rêve. 
En politique, la mauvaise foi est un principe, et dans ce cas-ci elle est patente. Normalement, le bon sens devrait suffire à réfuter cette assertion; mais dans la mesure où elle se répand, mieux vaut prendre sa plume, enfin son clavier, et la réfuter.
La Palestine est un terme qui sert à désigner, en Grec, le territoire des Philistins, qui s'étendait à l'époque des Juges et du roi David sur la bande de Gaza et remontait jusqu'à Ascalon et à Ashdod. Ils disparurent en tant que pouvoir politique indépendant pendant la période monarchique; il est néanmoins probable que certains furent assimilés aux Judéens et les autres restèrent dans leurs cités traditionnelles en tant que gèrîm ou «résidents-étrangers» [Nous ne parlons pas du nom des convertis dans le judaïsme rabbinique qui sont aussi appelés gèrîm.]
Les territoires côtiers qu'ils occupèrent sont appelés Palestine à la suite de la traduction grecque des Septante. Et c'est par rapport à ces seuls territoires que Philon parle par exemple de Palestine.

Les Juifs obtinrent leur indépendance en –152, après quinze ans de guerre contre les Séleucides. La Judée se limite alors à Jérusalem, mais les grands-prêtres asmonéens vont développer leur petit État, et l'étendre de l'idumée à Damas, en passant par la Pérée. En –63, Aristobule appelle Pompée à la rescousse, dans son conflit avec son frère Hyrcan II, allié à Antipater (le père d'Hérode) et à Aretas III de Nabatée, roi de Petra; Pompée ne se fera pas prier, mais reprendra très vite ses engagements et s'alliera plutôt à Hyrcan II; ensuite il capturera Aristobule qu'il fera déporter à Rome. Après 25 ans d'anarchie en Judée, Rome soutient Hérode et l'autorise à relever le titre de roi de Judée. Hérode meurt en –4 en ayant écrit et réécrit son testament; c'est finalement Auguste qui tranchera, à sa sœur revient Ascalon; à Archélaos revient la Judée, la Samarie et l'Idumée; à Antipas revient la Pérée et la Galilée; quant à Philippe, il reçoit l'Iturée, la Trachonitide, la Gaulanitide, etc. Ses autres enfants ne reçoivent rien. Le tétrarque Archélaos fait de nombreuses erreurs et Auguste le rappelle à Rome; Auguste transforme alors la Judée, la Samarie et l'Idumée en la province romaine de Judée.
Après une brève semi-indépendance sous le règne d'Hérode-Antipas Ier, la Judée redevient Romaine. Pendant la révolte juive de 66–70, la Judée sera ravagée par les légions romaines, Jérusalem est rasée (risque d'infection), seules subsistent quelques parties du Temple (les fondements). Les Juifs sont bannis de la Judée, réduits en esclavage et dispersés dans l'Empire romain. La Judée passe de deux millions d'habitants à entre 200 ou 300000 personnes.

Pendant la révolte des Communautés en 115–118, les communautés juives de l'Empire romain sont laminées et les Juifs renvoyés en Judée où ils se réinstallent (ne restaient dans l'Empire romain, que les très petites communautés, les métis judéo-grecs et les convertis). Hadrien est d'abord favorable aux Juifs, puisqu'il les autorise à rebâtir le Temple, mais il va finalement changer d'avis: il abroge cette décision et interdira même la circoncision assimilée à la castration.

Les Judéens se révoltent à nouveau sous la direction de Shime°on bar Kokheba, ils mènent une guerre très dure aux Romains mais finissent vaincus à la Forteresse de Betar. Les Juifs sont expulsés de Judée. Il semble que bar Kokheba avait commencé à ériger le IIIe Temple, mais il fut détruit ou récupéré par les Romains pour en faire un Temple de Zeus. Hadrien, après avoir procédé à une guerre totale, en exterminant la totalité des Judéens y compris les femmes et les enfants, décide de déjudaïser la Judée. La Judée deviendra donc la Palestine en hommage aux Philistins (Hadrien considérant que son œuvre est la revanche des Philistins) et Jérusalem deviendra Ælia Capitolina (l'empereur Hadrien portait comme nom de naissance Publius Ælius Hadrianus).

La prise du pouvoir par les chrétiens va rendre à Jérusalem son nom authentique, mais ils ne permirent pas à la Judée de revenir à son nom original et resta pendant de nombreux siècles la Palestine.

Les historiens utilisent parfois des anachronismes: par exemple, Joseph Derenbourg a écrit une Histoire de la Palestine depuis Cyrus jusqu'à Adrien (publiée en 1867), tout simplement parce que les territoires dont il est question dans son livre s'appelaient de son temps Palestine. 

Le nom Palestine identifiait un territoire, et ses habitants n'étaient pourtant pas des palestiniens; en réalité, les habitants des territoires palestiniens se définissaient par leur religion. Ils ne disaient pas: «Je suis palestinien», mais ils disaient: «Je suis Juif, musulman, chrétien, Druze, alaouite», et quand des européens s'y installaient, ils disaient: «Je suis anglais, belge, français, allemand, américain». La Palestine existait en tant que nom d'un territoire mais ses habitants se définissaient autrement que par l'appartenance à ce territoire. 

Si aujourd'hui quelqu'un affirmait que Jésus était israélien, tout le monde éclaterait de rire, l'État d'Israël n'existait pas à l'époque de Jésus, mais le royaume de Judée existait bien un peu avant et un peu après lui. Jésus était donc un juif judéen ou galiléen suivant qu'on le fait naître à Bethléem comme le veulent les évangiles, ou Nazareth, même s'il serait plus logique de le faire naître à Jérusalem. On peut aussi le qualifier de Galiléen en tant que Juif vivant en Galilée. 

Donc Jésus n'est pas palestinien, c'était un Juif judéen ou galiléen. Il n'est pas plus musulman, puisque l'Islam n'existait à l'époque de Jésus et qu'il ne peut avoir appartenu à une religion qu'il n'a jamais pratiqué. Il semble donc qu'il n'y a pas que les Mormons qui pratiquent les conversions postmortem.

Non Jésus n'étais ni palestinien, ni musulman; pas plus que Moïse ou David n'étaient palestiniens ou musulmans.


Stephan Hoebeeck