jeudi 14 juillet 2016

Absence

Je serai absent de mon blog pendant quelque temps, j'ai des livres en préparation...
Je ne peux pour l'instant qu'en montrer les couvertures....

Les évangiles contiennent des dizaines d'allusions à l'œuvre de Flavius Josèphe, on peut se demander pourquoi... Les manuscrits de la mer morte remettent en question les affirmations de Flavius Josèphe sur les esséniens. Ces derniers sont présentés comme des pacifistes tués par erreur par les Romains; en réalité les esséniens furent ceux qu'il appelle les sicaires... les esséniens sont des nationalistes judéens, défenseurs acharnés du culte du Temple, et surtout mystiques liés au livre d'Hénoch... 
Dans l'ouvrage, nous distinguerons le Jésus historique, pure fabrication littéraire de Flavius Josèphe du Logos ou Jésus non-humain, pure produit du judaïsme alexandrin...
Jusqu'en 135, les chrétiens furent simplement des judaïsants d'Alexandrie, convertis et métis, en rupture avec le sanhédrin de Yavneh, ils vont inventer une histoire, afin de justifier leur vision des choses... 
Nous montrerons aussi que les Romains très attentifs aux mouvements religieux, vont ordonner la fabrication de textes afin d'amplifier la rupture des chrétiens et des Juifs... Malgré que Jésus fut un fils d'Aaron qui n'a jamais enseigné que le judaïsme...


 

le synopse définitif des quatre évangiles... L'évangile de Jean y est parfaitement intégré...

 

Les évangiles sont une longue suite de citations, entre 50 et 100 qui proviennent de Flavius Josèphe, autant du Livre d'Hénoch, plus la tradition rabbiniques, les apocryphes et l'ancien testament... Le livre est sur deux colonnes, les

J'aime trop William Blake...



Quand le christianisme entra dans l'histoire deux groupes furent en désaccord avec ce qui deviendra l'Église chrétienne: 
les ébyonites et Marcion
pour les ébyonites, Jésus est fils de Joseph, c'est un sage qui a appris le judaïsme aux non-juifs, pour eux l'église chrétienne déjudaïse le christianisme et abolit la Torah... 
pour Marcion, Jésus est apparu miraculeusement il est le fils du dieu bon, le dieu d'Israël est le démiurge et n'a rien à voir avec le dieu bon... Notons enfin que Marcion développe une vision bouddhiste... 
L'évangile des ébyonites est basé sur Matthieu et l'évangile de Marcion est basé sur l'évangile de Luc... les transformations sont évidentes.


Le christianisme dérive du judaïsme alexandrin et de sa mystique...  L'hermétisme est une mystique universaliste, mais liée au judaïsme alexandrin, et surtout lié à l'ingestion d'une nourriture pure... Le pain et le vin sont ainsi imprégnés par une consécration dans laquelle l'adepte doit se relier à la force divine qui réside en chacun de nous et qui est alors utilisée pour le conduire à la régénération... les discours de Jésus dans l'évangile de Jean est conforme à ce que l'on sait de l'hermétisme... 



dimanche 10 juillet 2016

Est-il question d'un prophète illettré dans le chapitre 29 d'Isaïe?

Ce passage d'Isaïe sert à prouver que Muhammad est annoncé dans la Bible, ce dernier étant le supposé prophète illettré... 
On dit souvent que Muhammad fut illettré; or, en arabe le prophète illettré peut aussi se lire prophète des nations, ce qui est un titre du prophète Jérémie. Les plus anciennes biographies de Muhammad affirment toutes qu'il savait lire et écrire et ce n'est qu'au dixième siècle que les anti-mutazilites affirmèrent l'illettrisme de Muhammad... Afin de répondre aux soupçons de composition poétique qui planaient sur le Coran; en effet, si Muhammad savait lire et écrire la structure métrique du Coran s'expliquait non par une révélation divine, mais par le savoir poétique de son auteur, voire de ses auteurs. Nous ne nous occuperons pas de cela, d'autres l'ont fait, comme David Belhassem (https://www.facebook.com/notes/david-belhassen/allah-hebdo-muhammad-le-prophète-illettré-ou-le-prophète-des-gentils-/128971614163707

En premier, nous devons avouer que nous sommes choqué de lire ces affirmations que Muhammad serait prédit dans la Bible, parce que ceux qui disent cela se fourvoient sur la nature de la prophétie. Un prophète est un homme qui reçoit de Dieu un message, il le transmet ensuite aux hommes; un prophète est comparable à un héraut qui vient lire les décisions d'un roi, ce héraut n'est rien, un serviteur méritant au mieux, facilement remplaçable...  Le héraut parle au nom du Roi, mais il n'est pas le roi; on doit respecter le héraut parce que le roi lui a accordé sa confiance, mais rien d'autre; c'est le roi auquel nous devons obéir... Que roi serait content si dans son château, il entend que le peuple crie: «Vive le héraut untel», et ne crie pas: «Vive le roi»... Le héraut quand il reviendra auprès de son maître risque fort d'être mis à mort, parce qu'il a autorisé le peuple à l'acclamer alors que seul le roi est digne d'acclamations...

Venons-en au passage d'Isaïe qui dit:
1. Ah! Ariel, Ariel! Cité où résida David! Laissez l'année s'ajouter à l'année, que les fêtes accomplissent leur cycle! 2. Alors, je serrerai de près Ariel, il y aura des plaintes et des lamentations, et je m'associerai au deuil d'Ariel. 3. Autour de toi, j'établirai mon camp comme en cercle, contre toi j'élèverai des retranchements et dresserai des redoutes. 4. Tu descendras si bas que tu parleras comme de dessous terre et que tes paroles affaiblies sembleront sortir de la poussière; ta voix montera de terre, pareille à celle d'un spectre, et, comme un murmure, tes paroles s'élèveront du sol. 5. Mais la multitude de tes ennemis sera comme de la menue poussière; et la foule des oppresseurs comme le chaume qui passe: cela se produira soudain, en un instant. 6. II y sera pourvu de la part de l'Éternel-Cebaot, à l'aide du tonnerre, d'un tremblement de terre et d'un formidable fracas, à l'aide d'une tempête, d'un ouragan et des flammes d'un feu dévorant. 7. Il en sera comme d'un songe et d'une vision nocturne de toute cette multitude de nations qui font campagne contre Ariel, de tous ces guerriers qui le combattent lui et ses forts et qui le serrent de près. 8. Tel l'homme affamé qui s'imagine, en rêvant, qu'il mange, s'il se réveille, a l'estomac creux; tel l'homme altéré de soif, qui croit, en rêve, qu'il boit, s'il se réveille, se sent épuisé et a le gosier sec, telle sera la foule de ces peuples qui vont au combat contre la montagne de Sion. 9. Soyez saisis de surprise et de stupeur! Soyez fascinés et éblouis, vous qui êtes ivres et non de vin, vous qui titubez mais non par excès de boisson! 10. Car l'Éternel a répandu sur vous un esprit de torpeur, il a fermé vos yeux les prophètes et voilé vos têtes les voyants. 11. Aussi la révélation de tous ces événements est-elle pour vous comme les mots de ce livre scellé, qu'on présente à un homme lettré en lui disant: «Lis donc ceci!» Et lui de répondre: «Je ne puis, car le livre est scellé.» 12. Et si on présente le livre à un homme illettré en lui disant: «Lis donc ceci!» Il répond: «Je ne sais pas lire.» 13. Le Seigneur a dit: «Puisque ce peuple ne me rend hommage que de bouche et ne m'honore que des lèvres, et qu'il tient son cœur éloigné de moi, et que sa piété à mon égard se borne à des préceptes d'hommes, à une leçon apprise, 14. je vais continuer à faire avec ce peuple des choses surprenantes, inouïes, où la sagesse de ses sages restera court, où l'intelligence de ses gens d'esprit se voilera. 15. Malheur aux artisans de trames profondes, croyant cacher leurs desseins au Seigneur, travaillant dans les ténèbres et disant: “Qui peut nous voir? Qui peut nous reconnaître?” 16. Ô perversité! Le potier mis sur le même rang que l'argile! L'œuvre disant de l'ouvrier: “Il ne m'a pas fabriquée!” Le vase disant de celui qui l'a créé: “II n'y entend rien!” 17. Certes, encore un peu de temps, et le Liban deviendra comme un verger et le verger pourra passer pour une forêt touffue. 18 En ce jour, les sourds mêmes entendront la parole du livre et, du sein de l'obscurité et des ténèbres, les yeux des aveugles verront. 19. Et les humbles goûteront des joies abondantes en Dieu, et les plus déshérités des hommes jubileront par le Saint d'Israël. 20. Car c'en sera fini des tyrans, les railleurs disparaîtront et tous les fauteurs d'iniquités seront anéantis, 21. ceux qui, par la parole, incitent les hommes au péché, dressent des embûches à qui prêche la morale sur la place publique, et poussent le juste dans la voie du néant.» 22. Donc, ainsi parle l'Eternel à la maison de Jacob, lui, le libérateur d'Abraham: «Désormais, Jacob ne sera plus mortifié, désormais son visage ne doit plus pâlir. 23 Car, lorsque ses enfants la verront, l'œuvre des mains que j'accomplirai au milieu de lui, ils rendront hommage à mon nom; ils sanctifieront le Saint de Jacob et exalteront le Dieu d'Israël. 24 Alors les esprits égarés connaîtront la sagesse, et les révoltés accepteront l'instruction.»
Maintenant, analysons verset par verset. 

Versets 29, 1–8:
Ah! Ariel, Ariel! Cité où résida David! Laissez l'année s'ajouter à l'année, que les fêtes accomplissent leur cycle! Alors, je serrerai de près Ariel, il y aura des plaintes et des lamentations, et je m'associerai au deuil d'Ariel. Autour de toi j'établirai mon camp comme en cercle, contre toi j'élèverai des retranchements et dresserai des redoutes. Tu descendras si bas que tu parleras comme de dessous terre et que tes paroles affaiblies sembleront sortir de la poussière; ta voix montera de terre, pareille à celle d'un spectre, et, comme un murmure, tes paroles s'élèveront du sol. Mais la multitude de tes ennemis sera comme de la menue poussière; et la foule des oppresseurs comme le chaume qui passe: cela se produira soudain, en un instant. II y sera pourvu de la part de l'Éternel-Cebaot, à l'aide du tonnerre, d'un tremblement de terre et d'un formidable fracas, à l'aide d'une tempête, d'un ouragan et des flammes d'un feu dévorant. Il en sera comme d'un songe et d'une vision nocturne de toute cette multitude de nations qui font campagne contre Ariel, de tous ces guerriers qui le combattent lui et ses forts et qui le serrent de près. Tel l'homme affamé qui s'imagine, en rêvant, qu'il mange, s'il se réveille, a l'estomac creux; tel l'homme altéré de soif, qui croit, en rêve, qu'il boit, s'il se réveille, se sent épuisé et a le gosier sec, telle sera la foule de ces peuples qui vont au combat contre la montagne de Sion.
Commentaire. Ce sont des versets qui concernent la fin des temps (c'est l'accomplissement des cycles), la période pré-messianiques, notre époque en quelque sorte; ce passage ressemble fort à une prophétie de la résurrection d'Israël; en effet, les Juifs ont été exterminés par millions, et deux ans après cela, l'État d'Israël se reconstituait, cela s'est produit soudain, en un instant. Mais après les nazis, Israël doit affronter de nouveaux ennemis, les musulmans qui ne reconnaissent pas son existence; il est annoncé qu'elles seront déçues ces nations qui combattront Sion, c'est-à-dire Israël, ils croiront avoir la victoire et n'hériteront que de la défaite, comme les nations arabes qui sont 2 milliards et qui n'arrivent pas à vaincre Israël: elles se liguent contre Israël, marchent contre Israël, et n'arrivent pas à briser Israël. Le texte dit aussi qu'à un moment Dieu interviendra directement pour frapper les oppresseurs d'Israël, les nations arabes verront alors que Dieu est au côté d'Israël, et alors ils comprendront leurs erreurs dans l'amertume la plus totale, ils se rendront compte qu'ils ont couru après des illusions, ils ont rêvé de manger, mais leurs estomacs étaient vides... Le sens ésotérique est que la part de Dieu qui habite l'homme est enserrée de toute part par l'Esprit de perversion, et que la manifestation de l'Esprit de Vérité (voir le Discours des Deux Esprits retrouvé à Qumran: http://essenochristianisme.blogspot.be/2015/04/les-deux-esprits-dapres-la-regle-de-la.html)

Versets 29, 9–10:
Soyez saisis de surprise et de stupeur! Soyez fascinés et éblouis, vous qui êtes ivres et non de vin, vous qui titubez mais non par excès de boisson! 10. Car l'Éternel a répandu sur vous un esprit de torpeur, il a fermé vos yeux les prophètes et voilé vos têtes les voyants.
Commentaire. Dans ces deux versets, il est question des Juifs que Dieu a recouverts d'un esprit de torpeur afin qu'ils ne comprennent pas certaines prophéties.

Versets 29, 11–12:
Aussi la révélation de tous ces événements est-elle pour vous comme les mots de ce livre scellé, qu'on présente à un homme lettré en lui disant: «Lis donc ceci!» Et lui de répondre: «Je ne puis, car le livre est scellé.» Et si on présente le livre à un homme illettré en lui disant: «Lis donc ceci!» Il répond: «Je ne sais pas lire.»
Commentaire. Ces versets se réfèrent au sens secret de l'écriture. En effet, l'illettré ne saura jamais comprendre le texte de la Bible, parce que tout simplement il ne sait pas lire. Néanmoins, savoir lire n'est pas suffisant pour comprendre les mystères divins, c'est pour cela que les lettrés répondent qu'ils ne savent pas lire, parce que le livre est scellé; scellé non avec un sceau, mais scellé par l'impureté de nos vies. La compréhension des secrets divins nécessite de savoir lire et écrire, mais aussi de bénéficier de l'Esprit de Dieu, sans quoi nous risquons d'être face à ces textes comme les illettrés du verset 11.

Versets 29, 13–14:
Le Seigneur a dit: «Puisque ce peuple ne me rend hommage que de bouche et ne m'honore que des lèvres, et qu'il tient son cœur éloigné de moi, et que sa piété à mon égard se borne à des préceptes d'hommes, à une leçon apprise, 14. je vais continuer à faire avec ce peuple des choses surprenantes, inouïes, où la sagesse de ses sages restera court, où l'intelligence de ses gens d'esprit se voilera.»
Commentaire. Les deux derniers versets confirment notre interprétation, celui qui honore Dieu des lèvres, c'est l'homme extérieur qu'il soit lettré ou illettré... voir aussi verset 24.

Verset 29, 15:
15. Malheur aux artisans de trames profondes, croyant cacher leurs desseins au Seigneur, travaillant dans les ténèbres et disant: “Qui peut nous voir? Qui peut nous reconnaître?” 
Commentaire. L'homme extérieur est celui qui cache ses mauvaises actions, en croyant que Dieu ne le voit pas... C'est cette perversion qui empêche l'homme de recevoir l'illumination intérieure. L'homme qui consacre toute son énergie aux choses humaines, se coupe de la réalité spirituelle de Dieu... et donc il ne comprend rien.

Verset 29, 16:
16. Ô perversité! Le potier mis sur le même rang que l'argile! L'œuvre disant de l'ouvrier: “Il ne m'a pas fabriquée!” Le vase disant de celui qui l'a créé: “II n'y entend rien!” 
Commentaire. Cette poursuite de l'extériorité est ce qui empêche l'homme de recevoir l'illumination intérieure. La révélation de Dieu à l'homme est comme une écluse, lorsque les portes sont ouvertes l'eau s'écoule, et lorsqu'elles sont fermées, l'Esprit de Dieu n'illumine pas l'homme. 

Versets 29, 17–24:
17. Certes, encore un peu de temps, et le Liban deviendra comme un verger et le verger pourra passer pour une forêt touffue. 18 En ce jour, les sourds mêmes entendront la parole du livre et, du sein de l'obscurité et des ténèbres, les yeux des aveugles verront. 19. Et les humbles goûteront des joies abondantes en Dieu, et les plus déshérités des hommes jubileront par le Saint d'Israël. 20. Car c'en sera fini des tyrans, les railleurs disparaîtront et tous les fauteurs d'iniquités seront anéantis, 21. ceux qui, par la parole, incitent les hommes au péché, dressent des embûches à qui prêche la morale sur la place publique, et poussent le juste dans la voie du néant.» 22. Donc, ainsi parle l'Eternel à la maison de Jacob, lui, le libérateur d'Abraham: «Désormais, Jacob ne sera plus mortifié, désormais son visage ne doit plus pâlir. 23 Car, lorsque ses enfants la verront, l'œuvre des mains que j'accomplirai au milieu de lui, ils rendront hommage à mon nom; ils sanctifieront le Saint de Jacob et exalteront le Dieu d'Israël. 24 Alors les esprits égarés connaîtront la sagesse, et les révoltés accepteront l'instruction.»
Commentaire. Dans cette partie finale, il est simplement dit que ceux qui ont poussé les hommes au mal seront détruits, et qu'alors les hommes accepteront l'instruction, c'est à dire que leurs esprits ne seront plus égarés, mais que leurs esprits auront été illuminés et alors ils comprendront les secrets de Dieu contenus dans la Torah.

Eschatologie individuelle du chapitre. L'homme est emprisonné par l'Esprit de Perversion qui le pousse au mal, quand Dieu se lève dans le cœur de l'homme, cet esprit maudit recule, encore et encore et progressivement l'Esprit de Vérité règle la vie de cet homme. Plus l'Esprit de vérité est puissant en nous, mieux nous comprendrons les secrets de Dieu, plus l'Esprit de perversion est puissant en nous, moins nous les comprendrons. Il est enfin dit qu'à la fin des temps, tant les pervers que l'Esprit de perversion seront détruits... Les pervers dans le monde sont identiques à l'esprit de chair qui nous aveugle et nous pousse au mal. Les interprétations collectives ou apocalyptiques et individuelles ne s'excluent pas, elles se complètent...

Conclusion. Dans ce chapitre d'Isaïe, il n'est pas question d'un prophète illettré, mais seulement de la nécessité d'abord de s'instruire, mais ce n'est pas suffisant, et si on s'abandonne à la perversité, cette instruction ne servira à rien pour comprendre les secrets divins; c'est pour cela qu'il faut se purifier afin de se rendre apte à recevoir le souffle qui illumine, ce qui s'obtient par la prière et la méditation...


dimanche 3 juillet 2016

Pourquoi Jésus n'a jamais dit de rendre à César ce qui est à César!

Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu est une des paroles les plus connues de Jésus, elle est même utilisée pour justifier la séparation de l'Église et de l'État; il ne l'a pourtant jamais dite pour plusieurs raisons, mais avant étudions ce qu'elle signifie.
La Judée-Samarie-Idumée, suite à la gestion catastrophique d'Archélaos, devient en 6 une province romaine gouvernée par un préfet, elle sera gouvernée par un procurateur à partir de Tibère Alexandre en 45.
La question du paiement des impôts est cruciale pour Rome; en fait les Romains vivent du pillage des nations qu'ils ont soumises. Sans impôts, toutes les fêtes qui enchantent Rome prendraient fin faute de moyens et mènerait les Romains à se révolter. Les fonctions comme préfet ou procurateur sont des fonctions militaires, civiles, judiciaires, religieuses et surtout fiscales, sa fonction est de faire parvenir les taxes à Rome. À Rome, les questions religieuses et fiscales sont étroitement liées, puisque l'empereur censé être un dieu est représenté sur les pièces de monnaie, celle-ci a donc une fonction cultuelle autant que fiscale. Pour un Juif, payer ses taxes équivaut à rendre un culte au pouvoir étranger. 
Le passage contient aussi un éventuel anachronisme; en effet, suite à la destruction du Temple de Jérusalem et à la destruction du Temple de Jupiter Capitolin à Rome (due à la lutte entre les différents prétendants à l'Empire après la mort de Néron en 68), Vespasien (le père de Titus) a décrété que les Juifs puisque le Temple de Jérusalem était détruit ne pouvaient plus payer le didrachme, mais qu'ils devaient payer cette somme à l'Empire afin de financer la reconstruction du Temple de Jupiter, c'est ce que l'on appelle le fiscus judaicus. Or, les Juifs étaient très hostiles à cette taxe, parce qu'elle finançait un culte idolâtre, il est donc possible de voir dans le passage des évangiles une incitation à payer cette taxe sans se révolter. Domitien (le frère et successeur de Titus) étendra même cette taxe aux convertis au judaïsme; le refus de l'acquitter se traduisait par la mort ou la réduction en esclavage...

Le passage en question est situé peu avant l'arrestation et la mort de Jésus. Le lendemain qu'il ait chassé les marchands du temple, Jésus est confronté à une suite de débats avec les responsables juifs. Au temple, Jésus est interrogé sur son autorité, il raconte ensuite la parabole des deux fils, et celle des vignerons homicides, celle du festin nuptial et c'est alors qu'il est interrogé sur l'impôt dû à César. Il sera encore interrogé sur la résurrection par les sadducéens, sur le grand commandement par un riche et sur le messie par les pharisiens (notons qu'il réfute l'importance du messie Fils de David, au profit du Messie Fils de l'Homme des Paraboles d'Hénoch), et cela se termine par l'imprécation contre les pharisiens, le châtiment qui vient et l'obole de la veuve; ensuite Jésus et ses disciples quittent le Temple et Jésus énonce le Discours eschatologique sur le Mont des Oliviers. 

Maintenant, voyons pour quels motifs, Jésus ne peut pas avoir dit cette phrase, mais avant examinons les textes des évangiles. Le texte ne se trouve que dans les synoptiques et est absent de Jean, par contre nous possédons deux versions alternatives, celle de l'Évangile de Thomas qui n'est pas très importante et qui dépend des évangiles canoniques, et celle de l'Évangile inconnu, dit Évangile d'Egerton. Ce texte, enfin ce feuillet, fut trouvé en Égypte en 1930 et est écrit en grec, et est daté des années 120, c'est donc la plus ancienne mention de Jésus historiquement certaine que nous ayons. Or dans l'Évangile d'Egerton, Jésus est avant tout un bon juif qui observe strictement la Torah, ce Jésus est hostile aux chefs des Juifs parce qu'ils collaborent avec les Romains, Jésus y est donc un pur représentant du nationalisme judéen; comme on le verra, Jésus refuse de répondre à la question et les traite de mauvais juifs... 
Pour agrandir, il suffit de cliquer sur les images...






Motifs.
Les monnaies à effigies en usage en Judée sont sans effigies, on ne peut donc y voir le portrait de César. 
Si des étrangers viennent à Jérusalem, ils sont tenus à faire changer leur monnaie à effigie chez les changeurs qui sont sur le Mont des Oliviers.
On pourrait nous rétorquer que les changeurs sont dans le Temple, mais d'après les évangiles, il les a chassés quelques jours plus tôt. 
La réponse de Jésus dans l'évangile d'Egerton est nettement plus crédible...
MAIS PLUS IMPORTANT, en Luc 23, 1–2, il est dit:
1. Ils se levèrent tous, et ils conduisirent Jésus devant Pilate. 2. Ils se mirent à l’accuser, disant: Nous avons trouvé cet homme excitant notre nation à la révolte, empêchant de payer le tribut à César, et se disant lui-même Christ, roi.
SI JÉSUS AVAIT VRAIMENT DIT «RENDEZ À CÉSAR CE QUI EST CÉSAR, etc.» Les responsables juifs n'auraient pas osé l'accuser d'empêcher de payer le tribut à César. En effet, si les Juifs avaient accusé Jésus de cela, il lui aurait été facile de répéter les paroles que les évangiles lui attribuent et aurait été immédiatement libéré, ET SES ACCUSATEURS AURAIENT ÉTÉ CONDAMNÉS SOUS LE PRÉTEXTE D'UNE FAUSSE ACCUSATION... 

Enfin, la logique interne du texte de Luc s'y oppose; en effet, les Juifs sont hostiles à ces taxes, et Luc dit: 
26. Ils ne purent rien reprendre dans ses paroles devant le peuple; mais, étonnés de sa réponse, ils gardèrent le silence.
Or cette parole s'adapte pleinement à l'imprécation de l'évangile d'Egerton, mais pas du tout au contexte. 
Il faut bien comprendre la logique:
- ceux qui interrogent Jésus sont favorables aux Romains
- le peuple est hostile aux Romains

Si Jésus a dit: RENDEZ À CÉSAR, pourquoi auraient-ils peur du peuple s'ils reprennent Jésus???
Par contre si Jésus, comme le dit l'évangile d'Egerton, n'a pas répondu à la question fiscale et a fait une imprécation contre ceux qui l'interrogent en les traitant de mauvais juifs, là il est clair qu'ils ont peur de répondre à cause du peuple, puisque tout ce qu’eux pouvaient dire à Jésus, c'est que les Juifs doivent payer leurs taxes à Rome...

Conclusion:
Jésus est bien un nazaréen ou notzerîm hostile aux Romains... l'Évangile a été falsifié en faisant de Jésus un fidèle de Rome tué par erreur par Ponce Pilate; en réalité, Jésus fut bien un révolutionnaire appartenant aux courants nationalistes judéens... 












dimanche 26 juin 2016

Le problème de Luc 2, 22–24: Jésus Qohen: à la recherche du Jésus historique.

Voyons d'abord le passage dans l'Évangile de Luc 2, 22–24:
22. Et, quand les jours de leur purification furent accomplis, selon la loi de Moïse, Joseph et Marie le portèrent à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur — 23. suivant ce qui est écrit dans la loi du Seigneur : Tout mâle premier-né sera consacré au Seigneur (Ex. 13, 2) —, 24. et pour offrir en sacrifice deux tourterelles ou deux jeunes pigeons (Lv. 12, 8), comme cela est prescrit dans la loi du Seigneur.
Passage problématique, puisque Luc mélange la cérémonie de purification que doit faire une femme après une naissance avec le pidyon haben
Dans le judaïsme, la femme est considérée comme impure pendant les sept jours qui suivent la naissance d’un garçon (quatorze pour une fille), et elle est considérée comme à moitié impure pendant trente-trois jours (soixante-six pour une fille). Le verset 24 qui contient une citation de Lévitique 12, 8, se réfère à l’offrande qui doit être faite pour cette purification (Lévitique 12, 1–8) : 
L’Éternel parla à Moïse en ces termes : « Parle ainsi aux enfants d’Israël : lorsqu’une femme, ayant conçu, enfantera un mâle, elle sera impure durant sept jours, comme lorsqu’elle est isolée à cause de sa souffrance. Au huitième jour, on circoncira l’excroissance de l’enfant. Puis, trente-trois jours durant, la femme restera dans le sang de purification : elle ne touchera à rien de consacré, elle n’entrera point dans le saint lieu, que les jours de sa purification ne soient accomplis. Si c’est une fille qu’elle met au monde, elle sera impure deux semaines, comme lors de son isolement ; puis, durant soixante-six jours, elle restera dans le sang de purification. Quand sera accompli le temps de sa purification, pour un garçon ou pour une fille, elle apportera un agneau d’un an comme holocauste, et une jeune colombe ou une tourterelle comme expiatoire, à l’entrée de la Tente d’assignation, et les remettra au pontife. Celui-ci les offrira devant le Seigneur, fera expiation pour elle, et elle sera purifiée du flux de son sang. Telle est la règle de la femme qui enfante, qu’il s’agisse d’un garçon ou qu’il s’agisse d’une fille. Si ses moyens ne lui permettent pas d’offrir un agneau, elle prendra deux tourterelles ou deux jeunes colombes, l’une pour holocauste, l’autre pour expiatoire; et le pontife fera expiation pour elle, et elle sera purifiée. » 
La cérémonie à laquelle fait allusion le verset 23 est celle de la consécration de premier-né comme qohen, or cette consécration a été annulée à cause du péché du veau d’or et remplacée par le pidyon haben ou rachat du premier-né. Cette cérémonie se fait le 31e jour après la naissance de l’enfant, et elle consiste à offrir cinq sicles d’argent à un qohen (descendant d’Aaron), parce que ceux-ci ont dû assumer entièrement le sacerdoce à la place des fils aînés de chaque tribu. Il a dû exister des consécrations des qohens et des fils de qohens aux époques anciennes, celles-ci ont probablement subsisté jusqu’à la destruction du Deuxième Temple. Notons que les qohens et les fils de qohens ne sont pas rachetés, de même les lévites. Cette cérémonie ne concerne que le premier-né et non les autres enfants, Jésus est donc le premier-né de Joseph.

Conclusion: 
  • Luc a mélangé plusieurs cérémonies. 
  • La purification de la mère et uniquement de la mère qui se fait le 41e jours après la naissance.
  • Il a aussi confondu la consécration des premiers-nés qui fut remplacée par le rachat des premiers-nés et qui se déroule le 31e jour après la naissance de l’enfant. 
  • Si Jésus a été consacré au Temple, alors il est qohen fils de qohen. 
  • Si la cérémonie est celle du pidyon haben, alors Jésus est bien l’aîné de la famille, et donc ses frères et ses sœurs sont issus de Joseph et de Marie et non, comme on le dit parfois, qu’ils seraient les fils d’un premier mariage de Joseph; puisqu’alors ce serait l’aîné, des frères de Jésus auraient été rachetés à la place de Jésus.

vendredi 17 juin 2016

De l'inutilité du salut

Coup de gueule contre ceux qui tuent les supposés débauchés en général et les homosexuels en particulier au nom de la religion.

Le christianisme et l'islam ne sont pas à féliciter d'avoir inventé l'idée de salut; enfin, elles ne font que suivre l'ancienne religion égyptienne dont les constructeurs bâtissaient pour le pharaon des monuments certes magnifiques, mais qui n'avaient d'autre but que de permettre à ce dernier, lors de sa mort, de faire entrer les égyptiens dans le monde paradisiaque, c'est-à-dire de leur accorder un salut post mortem.
On chercherait en vain dans la Bible (Ancien Testament) le moindre passage sur les récompenses ou sur les punitions de l'après vie... Et il convient de se demander pourquoi? La révélation de Dieu à Israël ne vise pas à un salut, mais à Se rendre approchable pendant que l'homme vit ici bas. Approcher la sainteté de Dieu exige pour l'homme une certaine pureté, de là les commandements éthiques de la Bible autant que les règles de pureté (circoncision, interdits alimentaires, etc.) Si les hébreux d'il y a trois mille ans avaient eu la moindre intention d'un salut post mortem, ils l'auraient mentionné. Ceux-ci sortaient d'Égypte, un pays où il faut être mort pour contempler les dieux; quand on est vivant, on ne peut voir que leurs images.
Dans le jugement final que l'on lit en Matthieu, (25, 31–46), on ne lit pas que les hommes seront jugés ou non sur leur croyance en Jésus, mais bien qu'ils seront jugés sur leur justice et sur leur injustice...  Dans le pauvre Lazare en Luc (16, 19–31), on lit que le pauvre qui a grandement souffert pendant sa vie sera consolé, alors que le riche est puni et souffre les tourments. Si le pauvre est consolé, c'est que son statu est provisoire, il est facile d'imaginer qu'une âme qui a subi des tourments sans nombre pendant sa vie ait besoin d'être consolée afin qu'elle puisse continuer sa progression vers le monde divin; le riche est puni de ses fautes par les anges de destruction, quand sa punition est terminée, il reprend lui aussi sa route vers le monde divin. Imaginer qu'un homme serait jugé éternellement sur base de quelques décennies passées ici-bas frise l'absurdité... Excepté pour des hommes ayant commis des crimes majeurs ou fautes contre Dieu: celles-ci sont peu nombreuses, et la Bible les explique assez bien: il y les tentatives de forcer les mondes spirituels par des moyens technologiques (tour de Babel), il y le métissage entre les entités spirituelles et les femmes, qui ont engendré les géants ou nefilim (déluge) et, si on suit, le Livre des Géants dont des fragments ont été retrouvé à Qumran, la terre fut détruite à cause de la corruption des géants, c'est-à-dire qu'ils mélangeaient les espèces entre elles, ce qui n'est pas sans rappeler ce que nous appelons aujourd'hui OGM. Notons encore trois crimes contre Dieu, ceux qui commettent des génocides, non seulement contre les hommes, puisque les peuples appartiennent à Dieu même s'ils ne le savent pas, mais aussi ceux qui détruisent des espèces animales ou végétales (je pense à plusieurs espèces animales qui sont éteintes ou en voie d'extinction); il y a enfin ceux qui polluent la terre, puisque la terre appartient à Dieu... 
La morale sexuelle n'a de sens que pour l'homme et que pour la femme qui veulent approcher Dieu. On attaque souvent les homosexuels, par contre on ne dit rien concernant l'homme qui trompe sa femme et qui a une aventure d'un soir, or c'est nettement plus grave que l'homosexualité puisque l'homme a pris des engagements valides envers son épouse. J'ai aussi en mémoire la célèbre Boutin qui fulmine contre les homosexuels d'après la Bible, et qui oublie que quelques versets plus haut, la Bible condamne tout autant, et avec bien plus de raison, ceux et celles qui épousent leur cousin au premier degré. Dans la Bible, les prescriptions anti-homosexualités sont indiquées en Lévitique et en Deutéronome, or on oublie un peu vite que le code lévitique est en rapport avec les prêtres qui servent au Temple et que le code deutéronomique est en rapport avec les laïcs qui veulent se consacrer à Dieu. Les lois humaines ont raison de condamner la pédophilie qui est répugnante tant d'après les lois divines qu'humaines, l'homosexualité c'est une toute autre question qui ne concerne que des choix individuels. Et si l'homosexualité est condamnée pour le prêtre, toute hypersexualisation, comme faire des partouzes hétérosexuelles, est tout aussi problématique. L'homme ou la femme qui se consacre à l'hypersexualité qu'elle qu'en soit la forme aura tendance à fréquenter le bas-astral quand il vise le haut astral, et même si ce n'est pas une loi absolue, le risque est bien réel... non parce que l'homme fait des fautes mais parce que ces fautes sont autant de distractions, sans importance dans la vie de tous les jours, mais très importantes dans la recherche de la connaissance de Dieu. 

Il y a quelques années des centaines de milliers de français sont descendus pour s'opposer au mariage pour tous, pourtant ils auraient été mieux inspirés de descendre dans les rue pour s'opposer aux OGM, pour s'opposer à la pollution, pour s'opposer à l'extinction de nombreuses espèces, surtout qu'ils se prétendaient croyants et qu'ils sont censés savoir que les crimes les plus graves concernent justement ces sujets, QUI SONT COLLECTIFS, et non des questions sexuelles QUI SONT INDIVIDUELLES.

Concernant le salut, rappelons que le salut post mortem est sans importance et ouvert à tous les hommes et toutes les femmes qui n'ont pas assassiné, ni commis des fautes majeures. Le salut véritable, c'est approcher la sainteté de Dieu dans cette vie-ci, une telle quête ne sait pas être obligatoire, et tant chaque homme que chaque femme a le libre choix de la suivre ou non; il devra quand même se souvenir qu'une telle quête est difficile. 

— Stephan HOEBEECK


lundi 13 juin 2016

Jésus a-t-il accompli la Torah et ainsi abrogé la Torah?

Cet article comprendra une seconde partie qui est une critique de l'Épître aux Galates.
Les chrétiens répètent en permanence que la Torah est abolie, parce que Jésus l'aurait accomplie. Or à y regarder de plus près, on peut constater que c'est loin d'être le cas. Cette accomplissement de la Torah par Jésus est crucial pour les chrétiens, parce que cela leur permet de justifier l'abandon de la circoncision. Ces discussions comportent de nombreuses arrières-pensées; en effet, si Jésus a accompli la Torah, le judaïsme est aboli; si Jésus n'a pas accompli la Torah, c'est le christianisme qui est au moins en partie aboli.

Le gros argument pour affirmer la rupture du christianisme et du judaïsme est tiré des évangiles. En Matthieu 5, 17–20 nous lisons:
17. Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir (πληρόω). 18. Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu'à ce que tout soit arrivé (ἕως ἂν πάντα γένηται).
Mélangeant les évangiles, ils s'empressent de mettre ce passage en rapport avec l'Évangile de Jean qui dit (19, 28–30):
28. Après cela, Jésus, qui savait que tout était déjà accompli (ἤδη πάντα τετέλεσται), dit, afin que l'Écriture fût accomplie (τελειωθῇ): J'ai soif. 29. Il y avait là un vase plein de vinaigre. Les soldats en remplirent une éponge, et, l'ayant fixée à une branche d'hysope, ils l'approchèrent de sa bouche. 30. Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit: c'est accompli (Τετέλεσται). Et, baissant la tête, il rendit l'esprit.
Notons immédiatement que les similitudes sont réelles en français, mais bien moins frappantes en grec, puisque Matthieu utilise les verbes plèroô et gignomaï alors que Jean utilise teleô; ces verbes ont des sens similaires mais pas identiques. Ainsi τελέω, teleô a le sens d'accomplir, d'exécuter, de finir, mais aussi d'être initié; πληρόω, plèroô a le sens de remplir, combler, compléter, accomplir; et γίγνομαι, gignomaï a le sens de naître, devenir.

Notons en premier que Jean est le seul à préciser que Jésus dit cela au moment de sa mort.
Matthieu dit (27, 46–52):
46. Et vers la neuvième heure, Jésus s'écria d'une voix forte: Éli, Éli, lama sabachthani? c'est-à-dire: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? 47. Quelques-uns de ceux qui étaient là, l'ayant entendu, dirent: Il appelle Élie. 48. Et aussitôt l'un d'eux courut prendre une éponge, qu'il remplit de vinaigre, et, l'ayant fixée à un roseau, il lui donna à boire. 49. Mais les autres disaient: Laisse, voyons si Élie viendra le sauver. 50. Jésus poussa de nouveau un grand cri, et rendit l'esprit.
Marc dit (15, 34–37):
34. Et à la neuvième heure, Jésus s'écria d'une voix forte: Éloï, Éloï, lama sabachthani? ce qui signifie: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? 35. Quelques-uns de ceux qui étaient là, l'ayant entendu, dirent: Voici, il appelle Élie. 36. Et l'un d'eux courut remplir une éponge de vinaigre, et, l'ayant fixée à un roseau, il lui donna à boire, en disant: Laissez, voyons si Élie viendra le descendre. 37. Mais Jésus, ayant poussé un grand cri, expira.
Luc dit (23, 46):
46. Jésus s'écria d'une voix forte: Père, je remets mon esprit entre tes mains. Et, en disant ces paroles, il expira.
Comme on peut le constater, tous les évangiles diffèrent sensiblement:

  • Jean: Jésus demande à boire; 
  • Matthieu et Marc: Jésus invoque Dieu; 
  • Luc ne dit rien de cela.
  • Jean: Jésus dit que tout est accompli; 
  • Matthieu et Marc disent qu'il poussa un cri et expira; 
  • Luc dit que Jésus a dit qu'il remettait son esprit entre les mains du Père et expira. 

Première remarque: l'Évangile de Jean est le plus complexe des évangiles, il fut de nombreuses fois réécrits (Boismard compte jusqu'à 5 mains différentes), amputés, augmentés, mutilés, refaçonnés, réarrangés, etc. Ce que tous les théologiens sont aussi d'accord d'admettre, c'est que l'Évangile de Jean a plus tendance que les autres évangiles à théologiser, c'est-à-dire, non à raconter une histoire vue, mais plutôt à réécrire l'histoire d'un point de vue théologique, ce qui est d'autant plus problématique que les différents participants à son élaboration avaient tous des points de vue très différents. Autrement dit, l'idée que Jésus aurait dit en mourant C'est accompli est très probablement fausse; les versions de Matthieu-Marc (le râle avant de mourir) ou la parole d'après Luc sont nettement plus vraisemblables.
Venons-en au passage de Matthieu. Au verset 17, au lieu de traduire par accomplir, il serait plus simple de traduire par compléter. En fait, dans la tradition juive il existe plusieurs écoles qui ont des points de vue différents sur la prophétie. Pour les pharisiens et pour les sadducéens, la prophétie a cessé; lorsque des cas non prévus par le Loi se présentent, les pharisiens disent qu'il faut suivre la tradition orale, alors que les sadducéens estiment qu'il faut rester le plus proche de la lettre de la loi; c'est d'ailleurs aussi ce qu'estiment les Esséniens, mais pour ces derniers, la prophéties continue, autrement dit, ils estiment que des prophètes vont venir à des intervalles réguliers compléter les parties non encore révélées de la Loi.
La question qu'il convient de préciser, c'est pourquoi Jésus dit qu'il ne vient pas pour abolir la Loi? En fait, la réponse est très complexe. Soit on admet que le Discours sur la montagne a été fait au début de sa prédication et alors on ne comprend pas trop pourquoi il le dit; soit on pense que le discours sur la montagne regroupe différents enseignements, et alors on pourrait supposer que Jésus a dit cette parole parce qu'il aurait affirmé quelque chose qui contredisait la Torah, mais comme nous ignorons quoi, nous ne pourrions nous engager sur cette voie que s'il n'existe aucune autre explication. Or il en existe une, qui correspond en plus au verset au 18. Si l'on se réfère à la tradition ésotérique juive, quand le monde prendra fin, la Loi sera abolie, parce que les humains deviendront comme des anges et alors ils se comporteront naturellement bien, parce que le mauvais penchant (l'Esprit de perversion des manuscrits esséniens) aura été anéanti. Jésus dit donc simplement dans ce passage que les temps qui verront la restauration du monde ne sont pas encore arrivé, mais qu'il va entre temps préciser certains passages problématiques de la Torah sans pour autant contrevenir à la lettre de la Torah. L'expression jusqu'à ce que tout soit arrivé, signifie simplement l'accomplissement du royaume messianique réel, c'est-à-dire quand les cieux et la terre auront été remplacés par de nouveaux cieux et une nouvelle terre. Le sens des versets est donc:
17. Ne croyez pas que je sois venu pour [annoncer que] la Torah est abolie (ou les prophètes, tradition secondaire); je suis venu non pour abolir (au sens d'annoncer l'imminence de la fin des temps), mais pour remplir (au sens de donner de nouvelles instructions). 18. Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu'à ce que la fin des temps soit venue.
Comme on le voit, le sens exact dit le contraire de ce qu'on pense habituellement; on prend ce genre de passage comme si Jésus ne s'adressait pas à des Juifs qui connaissent leurs traditions, on croit qu'ils ont été écrits pour des non-juifs qui ne connaissent pas le judaïsme, et on arrive seulement à des contre-sens. Jésus s'inscrit parfaitement dans la tradition juive. Nous sommes face aux évangiles comme des gens de l'an 3000 qui trouveraient un livre avec l'expression «casser sa pipe», et qui se demanderaient qu'elle pourrait avoir été l'importance du fait qu'une pipe soit cassée ou non. Si ces chercheurs devaient finalement trouver un dictionnaire d'argot, ils comprendraient alors que «casser sa pipe», signifie simple «mourir». Les chrétiens font tout pour comprendre Jésus comme s'il avait été un non-juif qui s'adressait à des non-juifs; alors que Jésus était un Juif qui enseignait à des Juifs, et qui plus est, des Juifs formés dans leurs traditions.
En plus, comme nous avons pu le constater, Jean s'est complètement fourvoyé dans cet accomplissement qu'il a supposé à Jésus. La fin des temps n'est pas arrivé, la Loi est donc toujours d'actualité.
Dans notre interprétation, nous avons supposé que le passage a été bien transmis et bien traduit, ce qui n'est pas certain, puisque Marcion prétendait qu'il avait eu dans son original que Jésus affirmait qu'il était venu abolir la Loi, sans autres précisions; et l'Évangile des Ébionites affirme que Jésus a dit qu'il était venu abolir les sacrifices, aussi sans autres précisions. Dans le premier cas, cela pourrait signifier qu'il était venu abolir certaines traditions orales erronées; dans le second, le passage est trop imprécis, mais pourrait rappeler l'injonction de Rabbi Shammay qu'il fallait abolir les sacrifices en faveur de l'Empereur de Rome, si tel était le cas, cela montrerait bien le caractère nationaliste de Jésus.

vendredi 10 juin 2016

Un prophète comme Moïse! — Réflexions sur Deutéronome 18, 15–17

En Deutéronome 18, 15–22, est annoncé un prophète comme Moïse. Ce passage est considéré par les chrétiens comme annonçant Jésus et par les musulmans comme annonçant Muhammad, ces deux opinions sont évidemment sans fondement et dénotent plus la volonté de trouver de pseudo-preuves que d'analyser lucidement et objectivement le texte.
Mais avant tout, examinons le passage (traduction du rabbinat français):
15 C'est un prophète sorti de tes rangs, un de tes frères (comme moi), que l'Éternel, ton Dieu, suscitera en ta faveur: c'est lui que vous devez écouter! 16 Absolument comme tu l'as demandé à l'Éternel, ton Dieu, au mont Horeb, le jour de la convocation, quand tu as dit: «Je ne veux plus entendre la voix de l'Éternel, mon Dieu, et ce feu intense, je ne veux plus le voir, de peur d'en mourir». 17 et le Seigneur me dit alors: «Ils ont bien parlé. 18 Je leur susciterai un prophète du milieu de leurs frères, tel que toi, et je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui ordonnerai. 19 Et alors, celui qui n'obéira pas à mes paroles, qu'il énoncera en mon nom, c'est moi qui lui demanderai compte! 20 Toutefois, si un prophète avait l'audace d'annoncer en mon nom une chose que je ne lui aurais pas enjoint d'annoncer, ou s'il parlait au nom d'une divinité étrangère, ce prophète doit mourir. 21 Mais, diras-tu en toi-même: “comment reconnaîtrons-nous la parole qui n'émane pas de l'Éternel?” 22 Si le prophète annonce de la part de l'Éternel une chose qui ne saurait être, ou qui n'est pas suivie d'effet, cette annonce n'aura pas été dictée par l'Éternel; c'est avec témérité que le prophète l'a émise, ne crains pas de sévir à son égard.»
Le passage est assez complexe parce que le texte mélange ce que Dieu a dit à Moïse (verset 18) et les ajouts que Moïse fait quand il s'exprime au peuple (verset 15), c'est la raison pour laquelle nous avons entouré de parenthèses l'expression «comme moi» qui se trouve dans le verset 15, on retrouve sa forme originale dans le verset 18, où Dieu dit à Moïse: «tel que toi». 
Un prophète du milieu de leurs frère. Il faut d'abord comprendre par «un prophète» qu'il n'y a pas d'article défini, par exemple si le texte avait eu LE prophète du milieu de ses frères, le sens aurait été complètement différent.
Par un prophète, il ne faut donc pas entendre un prophète déterminé ou précis, mais n'importe quel prophète. Ce qui est confirmé par le verset 20 qui dit:
Toutefois si un prophète avait l'audace d'annoncer, etc.
Dans le cas d'une traduction française, il serait plus judicieux d'utiliser le pluriel des prophètes, plutôt qu'un singulier factice qui complique la compréhension, même si avec le verset 20, il est assez clair qu'il y aura plusieurs prophètes, des vrais et des faux comme nous le verrons. Une traduction plus correcte serait donc:
Je susciterai pour eux des prophètes du milieu de leurs frères... 
Et la suite précise que certains de ces prophètes seront de vrais prophètes et d'autres de faux prophètes.
Avant d'aborder la raison pour laquelle il est écrit de leurs frères dans le verset 18 et non de tes frères, comme la logique l'aurait voulue, il me faut aborder la question des faux prophètes.   
Dans le verset 20, il est dit que les faux prophètes diront des choses au nom de Dieu, mais que Dieu ne lui a pas enjoint d'annoncer ou parlerait aux noms d'autres dieux. Parler au nom d'autres dieux est facile à comprendre, mais comment déterminer qu'une parole prophétique vient bien de Dieu? Dans le verset 22, nous avons donné la traduction publiée par le rabbinat français, mais en réalité le texte est particulièrement opaque, il dit approximativement: 
Ce qu'annoncera le prophète au nom de Dieu et la parole (qui) ne sera pas et (qui) ne viendra pas (de Dieu), et la parole, (celle) que Dieu n'a pas dite, le prophète l'a dite avec arrogance, et tu ne le craindras pas.
 Les ajouts entre parenthèses sont de nous afin d'en faciliter la compréhension. Le mot important est «arrogance», en hébreu zadûn. Ce mot n'apparaît que deux fois dans le Pentateuque, en Deutéronome justement, d'ailleurs au chapitre précédent, en Deutéronome 17, 8–13 qui dit:
8 Si tu es impuissant à prononcer sur un cas judiciaire, sur une question de meurtre ou de droit civil, ou de blessure corporelle, sur un litige quelconque porté devant tes tribunaux, tu te rendras à l'endroit qu'aura choisi l'Éternel, ton Dieu; 9 tu iras trouver les pontifes, descendants de Lévi, ou le juge qui siégera à cette époque; tu les consulteras, et ils t'éclaireront sur le jugement à prononcer. 10 Et tu agiras selon leur déclaration, émanée de ce lieu choisi par l'Éternel, et tu auras soin de te conformer à toutes leurs instructions. 11 Selon la doctrine qu'ils t'enseigneront, selon la règle qu'ils t'indiqueront, tu procéderas; ne t'écarte de ce qu'ils t'auront dit ni à droite ni à gauche. 12 Et celui qui, téméraire en sa conduite (zadûn), n'obéirait pas à la décision du pontife (haqohen) établi là pour servir l'Éternel, ton Dieu, ou à celle du juge (hashofèt), cet homme doit mourir, pour que tu fasses disparaître ce mal en Israël; 13 afin que tous l'apprennent et tremblent, et n'aient plus pareille témérité.
Il est donc assez clair que les hommes n'ont pas les capacité de déterminer par eux-même qui est prophète, mais que quelqu'un doit le décider pour eux, quelqu'un qui examinera les paroles du prophètes, quelqu'un qui est très certainement et prioritairement un qohen (probablement au sens du grand-prêtre) et qui déterminera si l'homme en question est bien un prophète ou non. On peut supposer que le qohen utilisera des méthodes scriptuaires (vérification de la conformité des propos du prophète avec la Torah) et des méthodes oraculaires vraisemblablement liées aux urim et thummim. Rappelons que tout qohen descendant d'Aaron est considéré comme porteur d'une bénédiction prophétique et que le grand-prêtre est toujours un prophète.
Cette vérification par un qohen gadol est rendue nécessaire par la demande des Israélites au verset 16:
Je ne veux plus entendre la voix de l'Éternel, mon Dieu, et ce feu intense, je ne veux plus le voir, de peur d'en mourir.
Quand la voix de l'Éternel se manifestait dans le feu intense et terrifiant, les paroles prophétiques qu'énonçaient Moïse et Aaron ne faisaient aucun doute. Mais l'absence de cette manifestation a rendu nécessaire un système de contrôle conservé par les fils d'Aaron. 

Mais pourquoi, Dieu dit à Moïse un de leurs frères et que Moïse rend par un de tes frère comme moi... Le passage biblique doit s'entendre par rapport à la contestation de Qorah qui réclamait que soit appliqué comme il était prévu avant l'affaire du veau d'or que tous le peuple accède à la prêtrise, ou au moins les aînés, et que la prêtrise ne soit pas réservée aux seuls lévites, pour être plus précis aux lévites aaronides... En effet, s'il était réfusé aux lévites un territoire propre, ils percevaient d'innombrables prélèvements sacerdotaux... C'est ainsi que le Midrash Tanhouma, repris dans Nombres Rabba dit que Qorah pour rallier le peuple contre Moïse et Aaron argumenta comme suit:
Une veuve habitait avec ses deux filles. Elle possédait seulement un petit champ, juste assez grand pour les nourrir péniblement. Alors que la veuve commençait à labourer son champ, Moïse lui dit: «Fais attention de ne pas labourer en attelant un âne et un bœuf ensemble car il est ordonné: “Ne laboure pas avec un bœuf ou un âne attelés ensemble.”» Lorsqu’elle voulut semer, Moïse la prévint encore: «Il est ordonné: “Ne pas semer ton champ de graines hétérogènes.”». Lorsqu’elle voulut récolter, Moïse l’avertit: «Ne glane pas les épis tombés», et: «Ne retourne pas prendre les gerbes oubliées», et enfin: «Ne moissonne pas les coins de ton champ.» Au moment d’engranger son blé, Moïse lui demanda de prélever la térouma-maaseer pour le prêtre (1%); le maasser rishone pour le lévite (10%) et enfin le maasser chéni, (10 % des récoltes des 1ère, 2e, 4e et 5e année du cycle de la shemitah qui devait être consommé dans le Sanctuaire). La veuve en conclut qu’il n’était pas rentable pour elle de garder son lopin de terre. Elle vendit son champ et acheta deux brebis dans l’espoir de vivre du commerce de la laine. Lorsque les brebis mirent bas, Aaron exigea leur premier-né puisque: «Consacre à l’Éternel ton premier-né parmi ton gros et ton menu bétail.» Plus tard, lors de la tonte, Aaron demanda la première toison: «Tu lui donneras .. la première toison de ton bétail.» N’y tenant plus, la veuve ayant du mal à vivre après tous ces prélèvements, elle décida d’égorger ses brebis. Immédiatement Aaron exigea sa part: «l’épaule, les mâchoires et l’estomac.» — «Puisqu’il en est ainsi, je vais consacrer ce qui me reste au Sanctuaire» dit la veuve. Aaron lui dit: «À présent, donne-moi tout car: “Tout ce qu’Israel déclare consacré t’appartiendra.”»
Bref, la révolte de Qorah est due à la charge que les prêtres représentent pour le peuple. Notons que les arguments du Midrash Tanhouma sont certainement les opinions des pharisiens qui entrèrent en rébellion contre le roi de Judée Alexandre Jannée, mais je reviendrai ailleurs sur les implications fiscales contenues dans le Rouleau du Temple (voir http://dss.collections.imj.org.il/temple qui reproduit le manuscrit et http://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/799/la-bibliotheque-de-qumran-3a dans lequel il est transcrit et traduit.)
La révolte de Qorah implique une récrimination que ceux de la tribu de Lévy se taillent la part du gâteau tout en ne possédant pas de territoire.
Le chapitre XVIII du Deutéronome se divise en trois parties. Dans la première (18, 1–8), il est question prélèvements dus aux lévites et aux Qohen; dans la seconde (18, 9–14), il est question des abominations des habitants de Canaan comme la divination et la magie; et dans la troisième partie, il est question du prophète comme Moïse. Ce passage montre qu'il devait y avoir des récriminations contre les lévites et les qohens, et ce passage dit simplement que si les privilèges du culte sont réservés à la tribu de Lévy et plus particulièrement aux descendants d'Aaron, la prophétie sera l'apanage de n'importe quel israélite quelque soit sa tribu, c'est pourquoi Dieu en s'adressant à Moïse dit de leurs frères; en effet, si Dieu avait dit à Moïse de tes frères, on aurait pu supposer que Dieu réservait la prophétie à la seule tribu de Lévy. Si on suit ce qui est écrit en Deutéronome 17, 14–15, qui dit:
14 Quand, arrivé dans le pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne, tu en auras pris possession et y seras bien établi, si tu dis alors: «Je voudrais mettre un roi à ma tête, à l'exemple de tous les peuples qui m'entourent», 15 tu pourras te donner un roi, celui dont l'Éternel, ton Dieu, approuvera le choix: c'est un de tes frères que tu dois désigner pour ton roi; tu n'auras pas le droit de te soumettre à un étranger, qui ne serait pas ton frère.
Ce passage implique qu'un roi doit obligatoirement être Juif, sauf s'il est devenu un frère pour les Juifs, ce qui implique qu'il doit se convertir ou au moins être respectueux du culte. Notons que Ruth aurait dû être considérée comme une prophétesse, mais les rabbins en ont décidé autrement. Exclure Ruth de la prophétie s'est s'interroger sur la présence de son livre dans la Bible; Ruth était non juive par le sang, mais juive par la fraternité, elle est aussi la grand-mère du roi David.

Conclusion:
Le prophète comme Moïse n'est ni Jésus ni Muhammad (encore que Jésus pourrait l'être et à moins que Muhammad ne soit juif, ce n'est pas lui); le prophète comme Moïse est n'importe quel prophète qui surgira après lui et ce sans distinction de tribu. Ce passage s'inscrit simplement dans le contexte des tensions entre descendants de Lévy et Juifs des onze autre tribus. Le fait que Dieu ne se manifeste plus directement et par des signes évidents, quoique terrifiant, implique que le peuple n'est pas apte à décider qui est prophète ou qui ne l'est pas. Si pour certains faux prophètes, il est facile de les repérer, puisqu'ils disent d'adorer d'autres dieux; pour d'autres, c'est moins évident à déceler et ce n'est pas au peuple à décider qui est prophète mais aux seuls aaronides et plus particulièrement au grand-prêtre qui sera chargé de déterminer la véridicité du prophète ou non, éventuellement (quoique ce ne soit pas précisé par le texte) par les urim et les thummim. Le passage implique aussi que tous les grands-prêtres sont des prophètes (notons qu'une grande partie des prophètes de la Bible sont des aaronides). Le passage dit enfin que la qualité de la prophétie n'est pas diminuée par son mode de transmission (directement à Moïse, par l'Esprit-Saint aux autres prophètes), et que quelque soit le mode de transmission de la révélation prophétique, les prophètes sont équivalents. 

Notons que Flavius Josèphe considère qu'un prophète comme Moïse est un prophète qui est prophète, grand-prêtre et qui possède l'autorité souveraine, ce qui ne correspond chez Flavius Josèphe qu'aux hasmonéens et plus particulièrement à Jean Hyrcan, prophète, grand-prêtre et prince de Judée... et dans une moindre mesure à son fils Alexandre Jannée...

Notons encore que pour les samaritains le prophète comme Moïse est le messie qui vient à la fin des temps instaurer le règne de Dieu; en effet, les Samaritains ne reconnaissent aucuns prophètes après Moïse...
  

— Stephan HOEBEECK