samedi 9 mai 2015

L’hermétisme des neuf charismes

L’hermétisme des neuf charismes

Dans un procès, pour le gagner, procureur ou avocat de la défense cherchent une preuve indiscutable pour convaincre les jurés de condamner ou d’acquitter le prévenu. C’est ce que nous allons présenter, une preuve indiscutable de l’influence de l’hermétisme sur le Nouveau Testament à travers une analyse des passages relatifs aux charismes ou dons de l’Esprit-Saint décrits dans la Ière Épitre aux Corinthiens.
Ce n’est certes pas un sujet qui fasse courir les foules et seuls quelques spécialistes le connaissent. Jusqu’à présent, la thèse majoritaire, devant la difficulté de dater les textes hermétiques, estimait que le christianisme avait influencé l’hermétisme, sans que l’on ne sache expliquer comment s’est faite cette influence. Toutes ces affirmations furent faites à une époque où on croyait que les évangiles avaient été rédigés vers 40.
Aujourd’hui, on admet que les textes hermétiques en notre possession, c’est-à-dire le Corpus Hermeticum et ceux trouvés à Nag Hammadi, datent, au plus tard, de la première moitié du IIe siècle. Mais on admet aussi que les textes en notre possession furent rédigés à partir d’originaux plus anciens et pas forcément très différents, ces originaux furent composés entre –100 et 0, bien avant l’émergence du christianisme.
Les universitaires commencent à évoluer sur l’hermétisme : lors de la publication de la monumentale Révélation d’Hermès Trismégiste en IV volumes par le Père Festugière, on n’admettait même pas que des loges hermétiques aient pu exister. Aujourd’hui, sur ce point, les spécialistes ont évolué et admettent comme vraisemblable l’existence de telles loges. Tout espoir n’est pas perdu.
On se demande pourtant quelles sont les origines exactes de l’hermétisme. Nous nous demanderons toujours pourquoi les réponses simples sont les plus difficiles à énoncer. Quelles influences incontes-tables trouve-t-on dans les textes hermétiques ? On trouve des influences philosophiques grecques stoïciennes et/ou néo-pythagoriciennes, on trouve aussi des influences juives, essentiellement bibliques ou litur-giques ; et on trouve des influences qui proviennent des cultes à mystère en usage dans les Temples égyptiens. On sait aussi que ces textes furent rédigés en Égypte, selon toute vraisemblance à Alexandrie. Ces textes se réfèrent tous à Hermès Trismégiste ou Hermès trois fois très grand. Est-ce encore compliqué alors de deviner la nature de l’hermétisme ? L’hermétisme est tout simplement une tentative de réunir ces trois religions en une seule religion ésotérique qui pourrait devenir commune à toute l’humanité (au sens antique). Hermès est trois fois très grand en tant que triple Logos qui réunit ces trois traditions. Vers –100, Grecs, Juifs et Égyptiens avaient apaisé leurs dissensions ; leurs sages cherchaient une voie qui leur permettrait d’unifier leurs religions et tentèrent de prendre de chacune d’entre elles la meilleure part. Un tel projet n’était pas impossible, mais vinrent les Romains et leurs puissantes légions, la paix ethnique qui fonctionnait en Égypte ne devait pas leur convenir, ils trouvèrent plus intelligent de favoriser les disputes, afin d’asseoir plus facilement leur domination. On ne peut pas dire qu’ils ne réussirent pas, la concorde vola en éclat, et chaque communauté en vint à se détester. Occupées qu’elles étaient à se concurrencer, elles laissèrent Rome piller leurs richesses : « Diviser pour régner » ne dit-on pas ? L’hermétisme n’échappa pas à ces divisions, plus le temps passait, plus les textes prenaient des colorations particulières avant qu’ils ne se fixent sous la forme que nous leur connaissons encore aujourd’hui. Enfin pour ce qui nous est parvenu : une vingtaine de textes et une trentaine de fragments. Mais personne ne sait ce que cela représente de la littérature hermétique originale ? À notre avis, pas grand-chose. Ce que l’on appelle Corpus Hermeticum, ce n’est pas un traité ou une collection, c’est seulement le peu qui a survécu. Ne voyons pas l’hermétisme comme les universitaires nous le présentent parfois, le considérant comme un simple éclectisme qui aurait additionné des doctrines inconciliables et qui seraient restées inconciliables. L’hermétisme fut unificateur, il trouva une unité à des doctrines que tout séparait. 
Résumer l’hermétisme est fort complexe, nous ne pouvons le faire que sur les traités subsistants, c’est-à-dire, très peu.
Mais avant, étudions les charismes. Ceux-ci sont mentionnés dans les chapitres XII, XIII et XIV de la Ière Épître aux Corinthiens
Voyons d’abord le chapitre XII, dont nous tenterons d’expliquer chaque passage :
Pour ce qui concerne les dons spirituels, je ne veux pas, frères, que vous soyez dans l’ignorance. Vous savez que, lorsque vous étiez païens, étant entraîné vers les idoles muettes, comme contraints. C’est pourquoi je vous déclare que nul, s’il parle par l’Esprit de Dieu, ne dit : Jésus est anathème ! et que nul ne peut dire : Jésus est le Seigneur ! si ce n’est par le Saint-Esprit. [Ière Épître aux Corinthiens 12, 1–3.]
Un tel passage est complexe et doit être compris avec subtilité. Certains croient que s’ils disent que le Logos est le seigneur, l’Esprit-Saint se serait manifesté à eux. En réalité, ils confondent leurs opinions avec la réalité spirituelle. Dire : le Logos est le seigneur est le fruit d’une expérience spirituelle dans laquelle notre être subit réellement cette domination et devient comme contraint par cette puissance spirituelle, de même que l’homme profane est contraint aux actions profanes, à cause de sa naissance soumise aux astres.
Reprenons l’épître paulienne :
Il y a diversité de dons, mais le même Esprit ; diversité de ministères, mais le même Seigneur ; diversité d’opérations, mais le même Dieu qui opère tout en tous. Or, à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité commune. [Ière Épître aux Corinthiens 12, 4–7.]
C’est discutable, les dons sont le résultat des progrès spirituels du pratiquant ; si cela sert à l’humanité c’est très bien, et si cela ne sert qu’à l’adepte, c’est très bien aussi.
Reprenons l’épître paulienne :
En effet, à l’un est donnée par l’Esprit une parole de sagesse [correspond à la lune, on y abandonne l’énergie de la croissance et de la décroissance (ou énergie du devenir)] ; à un autre, une parole de connaissance [correspond à Mercure, on y abandonne les crimes et les ruses], selon le même Esprit ; à un autre, la foi [correspond à Vénus, on y abandonne l’illusion du désir], par le même Esprit ; à un autre, le don des guérisons [correspond au soleil, on y abandonne l’ostentation du pouvoir], par le même Esprit ; à un autre, le don d’opérer des miracles [correspond à Mars, on y abandonne la hardiesse impie] ; à un autre, la prophétie [correspond à Jupiter, on y abandonne les impulsions mauvaises vers la richesse] ; à un autre, le discernement des esprits [correspond à Saturne, on y abandonne le mensonge et ses embuscades]. [Ière Épître aux Corinthiens 12, 8–10a.]
Ces sept premiers charismes sont planétaires, dans les traités hermétiques qui subsistent, ils indiquent que l’homme à chaque progression doit abandonner ce que cette planète lui a donné au moment de sa venue sur terre. La description que nous avons donnée pour chaque planète provient du Poimandrès, le Traité I du Corpus Hermeticum. Ici, les deux textes disent la même chose, mais l’expriment différemment, dans le Poimandrès, on montre ce à quoi on doit renoncer, dans l’épître paulienne on montre ce que l’on acquiert et la procédure est quelque peu différente. 
Les gens qui lisent les charismes ne se demandent pas pourquoi leur manifestation prend des formes diverses et variées. C’est ce que l’épître dira ailleurs :
Un seul et même Esprit opère toutes ces choses, les distribuant à chacun en particulier comme il veut. [Ière Épître aux Corinthiens 12, 11.]
Ces choses, quoi qu’en dise l’auteur de cette épître, ne se passent pas « comme il [l’esprit] veut », mais la manière dont ces dons se manifestent a des raisons bien précises. C’est pourtant important et cela requiert deux niveaux d’explication. Le premier, c’est que tous nous sommes nés sous une force planétaire différente, et lorsque l’Esprit-Saint se manifeste les dons qu’il va procurer seront en rapport avec la nature planétaire de la personne. Un lunaire aura plus de sagesse, un saturnien aura un discernement très supérieur. La deuxième explication, c’est que les dons que nous manifestons sont aussi le reflet de notre propre progression spirituelle. La première explication concerne plutôt l’essénisme et la seconde plutôt l’hermétisme. Mais dans les deux cas, il n’y a nul hasard dans leur manifestation. Ce que confirme le Traité de l’Ogdoade et de l’Ennéade, alors qu’Hermès dira à son fils :
L’édification s’est opérée en toi par degrés [la progression à travers les sept sphères planétaires]. Puisse t’advenir l’intellection [l’ogdoade et l’ennéade ensuite] et tu seras instruit.
Avant d’aborder la suite de l’épître paulienne et en guise de conclusion à la partie précédente, rappelons ce que dit le Traité de l’Ogdoade et de l’Ennéade :
Seigneur, accorde-nous une sagesse issue de ta Puissance parvenant jusqu’à nous, afin que nous nous fassions part mutuellement de la contemplation de l’Ogdoade et de l’Ennéade. Déjà nous avons atteint l’Hebdomade, car nous sommes pieux, nous gouvernant dans ta Loi, et ta volonté, nous l’accomplissons toujours. En effet, nous avons marché dans ta voie et nous avons laissé derrière nous la malice, afin que nous fassions advenir la contemplation.
Reprenons l’épître paulienne qui après avoir décrit l’hebdomade, va maintenant aborder les deux derniers charismes :
à un autre, la diversité des langues [ogdoade] ; à un autre, l’interprétation des langues [ennéade]. [Ière Épître aux Corinthiens 12, 10b.]
Notons en premier que « la diversité des langues », telle que l’entend l’auteur de l’épître est clairement le fait de parler plusieurs langues, il dira ainsi : 
Tous parlent-ils en langues ? Tous interprètent-ils ? [Ière Épître aux Corinthiens 12, 30b.]
À la différence du rédacteur des Actes des Apôtres qui ne sait pas très bien si le don des langues est lié au fait de parler ou au fait de comprendre, dans le doute, il préférera proposer les deux versions :
Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et se mirent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer. [Actes des Apôtres 2, 4.]
Alors que juste après il dit :
Or, il y avait en séjour à Jérusalem des Juifs, hommes pieux, de toutes les nations qui sont sous le ciel. Au bruit qui eut lieu, la multitude accourut, et elle fut confondue parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue. [Actes des Apôtres 2, 5–6.]
Ces deux derniers passages des Actes sont dépendants des passages de la Ière Épître aux Corinthiens, hélas le rédacteur a encore plus embrouillé la narration déjà confuse de l’épître. Dire et entendre sont deux notions différentes ; dans le premier cas il a interprété le passage paulien dans son sens littéral, et dans le second il a compris le don des langues comme une sorte de télépathie, ce qui est absurde, il confond l’agapè avec le don des langues.
Mais revenons à l’épître. Deux chapitres plus bas, il se posera quand même quelques questions sur la validité de parler en langue, puisqu’il dira : 
Si donc, dans une assemblée de l’Église entière, tous parlent en langues, et qu’il survienne des hommes du peuple ou des non-croyants, ne diront-ils pas que vous êtes fous ? [Ière Épître aux Corinthiens 14, 23.]
Et un peu plus loin, il dira encore : 
Que faire donc, frères ? Lorsque vous vous assemblez, les uns ou les autres parmi vous ont-ils un cantique, une instruction, une révélation, une langue, une interprétation, que tout se fasse pour l’édification. En est-il qui parlent en langue, que deux ou trois au plus parlent, chacun à son tour, et que quelqu’un interprète ; s’il n’y a point d’interprète, qu’on se taise dans l’Église, et qu’on parle à soi-même et à Dieu. [Ière Épître aux Corinthiens 14, 26–28.]
Il est vraisemblable que l’auteur doit avoir rencontré des glossalistes, qui croient parler « en langues » et qu’ayant constaté leurs délires il a voulu faire une mise en garde. Deux mille ans après, aujourd’hui donc, les choses n’ont pas évolué, nous avons toujours de telles assemblées, avec des gens qui débitent des sons sans significations qu’ils croient être des paroles ineffables en provenance directe de Dieu.
En réalité, ces deux derniers charismes proviennent de l’hermétisme, et les rédacteurs des épîtres ne semblent pas avoir compris les textes qu’ils plagiaient.
En effet, dans le Traité de l’Ogdoade et de l’Ennéade, Hermès (l’ennéade) dit à son fils qui vient d’atteindre l’ogdoade :
En effet toute l’Ogdoade, ô mon enfant, ainsi que les âmes qui sont en elle et les anges chantent des hymnes en silence. Mais à moi, l’Intellect, ils me sont intelligibles.
Hermès dit encore à son fils :
Mon enfant, il convient que, de toute notre pensée, de tout notre cœur et de toute notre âme, nous priions Dieu, et lui demandions que le don de l’Ogdoade s’étende jusqu’à nous, et que chacun de nous reçoive par là ce qui lui est propre : À toi, il appartient de saisir par l’intelligence [en silence, donc], et à moi de pouvoir exprimer le discours grâce à la source qui coule en moi.
On doit évidemment se demander comment le silence peut-être le don des langues ? La réponse n’est pas aussi compliquée qu’il n’y paraît. On est simplement dans le domaine de l’allégorie. Les rédacteurs de cette épître ont utilisé un texte hermétique judaïsant qu’ils n’ont pas compris. Le don des langues est une expression pour désigner l’ogdoade. En effet, l’ogdoade est la huitième sphère et elle correspond au zodiaque. La plupart des gens savent que le zodiaque est composé de douze signes, moins nombreux sont ceux qui savent que ce zodiaque est aussi composé de 36 décans (division du zodiaque en section de 10°) et de 72 quinaires (division du zodiaque en section de 5°). Or les 72 quinaires ont très tôt été identifiés aux 72 peuples et à leurs 72 langues. Tel est le « don des langues », atteindre la huitième sphère, c’est-à-dire quitter le monde de la fatalité et arriver au monde de l’illumination. Comme on peut le constater, le véritable don des langues n’a rien à voir avec les vaticinations de quelques-uns. Quant à l’interprétation des langues, c’est atteindre la sphère supérieure, de laquelle il est possible de contempler Dieu, c’est cela l’ennéade. C’est alors que ce qui n’était pas compréhensible devient compréhensible.
À partir du verset 12 du Chapitre XII, le rédacteur interrompt sa description des charismes, par un discours complexe qui n’a jamais reçu d’explications satisfaisantes. Ce discours se prolonge aux Chapitres XIII et XIV. C’est le discours sur l’importance de la charité. D’abord, notons que le mot grec utilisé est agapè (grec ᾶγάπη), ce mot fut longtemps traduit en français par « charité », ce qui n’est pas absurde puisque les Latins traduisaient le terme agapè par le latin charis, charitatis. Malheureusement, la francisation de ce mot n’explique rien, « charité » est vu comme une sorte de volonté de bienfaisance envers les autres. Techniquement, ce n’est pas faux, mais c’est totalement incomplet. Les Bibles modernes traduisent agapè par « amour », ce qui est une bonne traduction, mais malheureusement une telle traduction est incomplète. Quant aux théologiens anciens ou modernes ils tentent d’expliquer la nature de cet amour, en parlant d’amour de Dieu ou d’amour des hommes, ou d’amour universel, sans que ce ne soit beaucoup plus clair pour leurs lecteurs. 
La doctrine de l’agapè paulienne dérive de la doctrine de la sympathie universelle élaborée par les stoïciens. La sympathie universelle est une sorte de lien qui unifie chaque partie du monde. Mais chez les stoïciens, il ne s’agissait que d’un constat théorique. On peut supposer que des hermétistes ont décrit la nature de l’expérience spirituelle sous la forme d’une union à la grande sympathie universelle qui unit Dieu au monde, qui unit entre elles les différentes parties du monde et qui unit les êtres entre eux, voilà l’agapè. Cette doctrine est à la fois intéressante, mais malheureusement incomplète, parce que nous n’avons qu’une description et qu’il manque les normes méditatives qui permettent de s’unir spirituellement à toutes choses. Ces pratiques méditatives devaient être similaires aux méditations bouddhistes du mahamoudra ou du dzogchen. Il s’agit de techniques qui ne sont pas parvenues jusqu’à nous, du moins dans la tradition chrétienne ou hermétique.
Il sera difficile de nier l’influence de l’hermétisme dans l’élaboration de la doctrine des neuf charismes. Par contre, les contre-sens doctrinaires que les chrétiens ont élaborés sur ces bases, comme le glossalisme, montrent que les chrétiens ont dû, très tôt, ne plus rien comprendre à leur doctrine originelle.
Nos lecteurs seront probablement curieux de savoir comment nous justifions l’héritage hermétique au sein du christianisme, parce que s’il existe des similitudes, il existe aussi des divergences.
Il existe un mouvement qui nous semble correspondre à un intermédiaire entre le christianisme et l’hermétisme pur, c’est la gnose sethienne. Les historiens reconnaissent que les textes de la gnose sethienne que nous avons en notre possession datent de la seconde moitié du second siècle et subirent l’influence du gnostique Valentin, ce qui est indéniable. Ce qui nous intéresse, c’est ce qu’était la gnose sethienne avant l’influence de Valentin. Or, on note dans ce que nous appelons la Gnose sethienne ancienne de nombreuses similitudes avec l’hermétisme. Nous pensons que la Gnose sethienne fut la branche juive de l’École hermétique, mais qu’elle s’en séparât à cause des tensions qui surgirent entre les communautés ethniques d’Alexandrie. Cette scission dut intervenir dans les années 50–100.
On retrouve cette influence dans au moins un texte judéo-alexandrin, il s’agit des Testaments des Douze Patriarches. Nous avons déjà mentionné que ce texte existe en deux versions, une version conforme à celle de Qumran, remontant probablement à Bannous et une version remaniée, dont on estime parfois qu’elle le fut sous l’influence du christianisme. En réalité, la version remaniée le fut sous l’influence de l’hermétisme, ou pour être plus précis sur la forme juive de l’hermétisme alexandrin, la gnose sethienne.
La gnose sethienne tentera dans les années 100 de revenir aux fondamentaux de l’hermétisme, c’est-à-dire la fondation de la religion universelle qui permettrait à tous les humains de communier avec Dieu malgré leurs différences, le christianisme n’est pas loin.
Ce qui nous semble être le trait distinctif de l’hermétisme et de la Gnose sethienne, c’est que l’hermétisme s’est exclusivement préoccupé de la remontée à travers les sphères. Cette doctrine fait intégralement partie de la Gnose sethienne, mais la gnose sethienne en a développée une autre probablement dans les années 70–120, c’est l’idée de la descente d’un sauveur volontaire à travers les sphères qui permettrait aux hommes de remonter, plus facilement, à travers les sphères. Là aussi, le christianisme n’est pas loin. Ces spéculations proviennent des doctrines relatives aux descensions des influences planétaires, célestes et surcélestes décrites dans l’astrologie ésotérique et magique de l’hermétisme.
Une des grandes doctrines de la gnose sethienne et de l’hermétisme, qui a probablement influencé la doctrine de la merkabah dans le Judaïsme palestinien, concerne la création du « grand homme » ou Adam reconstitué.
La gnose sethienne ancienne fut aussi influencée par l’essénisme, on le constate par les pratiques baptismales qui font irruption dans l’hermétisme, vraisemblablement à cette époque, et qu’il est difficile d’expliquer autrement.
L’hermétisme et la gnose sethienne sont aussi des voies qui furent rejetées tant par le christianisme que par le judaïsme, et plus tard par l’Islam, parce que leurs recherches visant à la descension d’un sauveur (la Force forte de toutes forces en quelque sorte), dans le monde matériel, justifierait les cultes des idoles, celles-ci étant animées par les forces planétaires, célestes ou surcélestes. De plus, si un maître peut individuellement trouver son salut par la connaissance des secrets de la nature, l’idée d’un salut collectif se trouve remise en question, chose que ces religions ne pouvaient admettre, hélas.
Des maîtres de la Gnose sethienne, nous retiendrons deux noms, d’abord celui d’Apollos d’Alexandrie. Apollos est cité dans les Actes et infériorisé par rapport à Paul, ce qui nous fait supposer qu’il a bien existé et que les rédacteurs pouvaient difficilement éviter de le citer, mais qu’ils voulaient dans le même temps lui attribuer une influence marginale. Il est d’ailleurs curieux que personne n’ait jamais noté la similitude de noms entre Apollos (grec ἀπολλώς) et Paul (grec παῦλος), comme si Paul n’était qu’un simple moyen de l’effacer et de le faire passer au second plan. D’ailleurs Paul s’appelait officiellement Saul, et pour une raison inconnue il changera de nom et deviendra Paul. Apollos pourrait donc bien être un homme clé dans la fusion des doctrines ésotériques sethiennes, hermétiques et esséniennes qui seront à la base du christianisme.
Un autre important personnage de la gnose sethienne est Dosithée qui est présenté comme ayant retrouvé les enseignements secrets d’Adam et les ayant ramenés sur terre. 
Dosithée est aussi considéré comme le maître de Simon le Magicien, personnage encore plus impossible à situer que les précédents. On sait qu’il vécut en Samarie, mais quand ? Entre 20 et 50, comme le veut la tradition évangélique, entre 80 et 100, comme le voudrait la logique, ou entre 130 et 160, comme le voudrait la logique des enseigments qui lui sont attribués ? Nous pensons que les moins mauvaises dates, sont bien entre 70 et 100. Les enseignements qu’il prodigua n’auraient pas été acceptés, même en Samarie, sans la protection des légions romaines. Sa doctrine paraît influencée par un judaïsme à rebours, qui se traduit par une doctrine de la transgression : puisque l’on ne peut pas travailler le sabbat, alors travaillons le sabbat. Il présente d’ailleurs le Dieu de la Bible comme un ange, important certes, mais opposé au vrai Dieu. Si il fut bien le disciple de Dostithée, et nous le rappelons, ce n’est pas certain, alors il faudrait considérer Simon le Magicien comme le représentant de l’hermétisme dévoyé. Au lieu d’utiliser les énergies secrètes pour remonter à travers les cieux, il préféra les utiliser pour renforcer sa puissance magique et ainsi se faire passer pour un dieu, ce qu’il fera sans hésitation. Sa compagne, une ancienne prostituée de Tyr, appelée Hélène, sera alternativement la déesse Athena et l’Ennoia ou « Pensée » divine ; lui se contentera juste d’être l’incarnation de Zeus. Il nous semble être le représentant des écoles du bonheur. Si dans l’essénisme comme dans l’hermétisme, à côté de leurs pratiques spirituelles visant à l’extinction de l’ego, il existe des méthodes de guérisons, qu’elles soient magiques ou autres. Ces méthodes sont secondaires, la voie consiste à travailler à détruire l’ego, non à l’entretenir. Les méthodes spirituelles ou magiques de guérison sont souvent des méthodes qui virent le jour sous la nécessité qu’eurent les adeptes à restaurer les pratiques déficientes de leurs disciples qui parfois ne parviennent pas à gérer les énergies mises en œuvre dans les pratiques spirituelles, et tombent malades, voire meurent. Ces méthodes sont des correctifs aux mauvaises pratiques, les adeptes les utilisèrent aussi pour soulager les misères qui peuvent frapper les hommes ; ils admettaient que tous n’avaient pas la capacité à venir à bout de l’ego en une seule vie. Les fanatiques du bien-être utilisèrent ces méthodes comme une fin en soi et s’en servirent pour négliger la destruction de l’ego. Chaque graine donne son fruit propre, de telles méthodes utilisées systématiquement et sans renoncement à l’ego, finissent par se dévoyer et, paradoxalement, à renforcer l’ego, c’est là qu’apparaissent hâbleurs et charlatans qui profitent de la misère humaine. Ils vidaient les bourses il y a deux mille ans, et ils n’ont pas changé. Ils guérissent toutes les maladies et meurent misérables. Ils apportent la fortune et ils n’ont rien à manger.
Avant de terminer sur l’hermétisme, rappelons son devenir. Il restera l’apanage d’une petite élite alexandrine. Il se diffusera dans le monde entier, et comme l’hermétisme n’avait aucun problème avec les sciences appliquées, il semble que leur confrérie survécut dans les élites scientifiques de la fin de l’Antiquité. Il semble que ce soient des maîtres hermétiques qui élaborèrent les canaux de Petra. Les hermétistes survécurent à Harran en Turquie jusqu’au Xe siècle, c’est eux qui fabriquaient les astrolabes en usage tant en Occident, qu’à Byzance ou dans les pays musulmans. Il semble bien que la volonté de recourir à l’observation directe qu’édictèrent les juristes musulmans au IXe siècle provienne de leur volonté de ne plus dépendre d’instruments, certes scientifiques ; mais pour les hermétistes, tous ces instruments étaient aussi cultuels, ils leur servaient à calculer les apparitions de leurs dieux qui étaient les planètes et les étoiles. Ils combinaient un monothéisme strict avec l’acception d’intermédiaires innombrables et variés. Après s’être éteints en Orient, ils réapparurent au XVe siècle en Occident par la redécouverte d’un manuscrit du Corpus Hermeticum, qui va immédiatement fasciner les élites de la Renaissance. Rapidement traduit en latin par Marsile Ficin, il permettra à des hommes comme Henri Corneille Agrippa de justifier l’utilisation des pratiques magiques. Mais cet intérêt ne durera pas. Les humanistes, quand ils découvrirent les textes d’Hermès, croyaient que ceux-ci étaient antérieurs à Moïse. L’érudit Isaac Casaubon montrera au début du XVIIe siècle que leur rédaction fut contemporaine du Nouveau Testament. Aujourd’hui, l’hermétisme est confondu avec l’occultisme.

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