mardi 28 juillet 2015

La péricope de la femme adultère est-elle authentique?

La péricope de la femme adultère est contenue dans l'Évangile de Jean (8, 1–11). Quoique présente dans toutes les Bibles, son authenticité est plus que contestable; en effet, elle ne se trouve dans aucun des manuscrits antérieurs à 400, elle n'est donc ni dans le Papyrus Bodmer 66 (fin IIe), ni dans le Papyrus Bodmer 75 (début IIIe), ni dans le Sinaiticus ni dans le Vaticanus (IVe siècle), la péricope manque encore dans la totalité des manuscrits antérieurs à 700, bien trop longs à énumérer, excepté le Codex Bezæ
Sa présence dans ce codex ne doit pas étonner, ce manuscrit est surchargé d'interpolations marcionites qui accentuent la rupture entre christianisme et Judaïsme.
L'inauthenticité de cette péricope ne fait aucun doute pour quiconque veut s'y intéresser sérieusement. Mais, la réalité c'est que personne n'ose dire qu'elle est fausse, parce que tout le monde est sous son charme; il suffit de se souvenir que, dans le film La Passion du Christ, Mel Gibson est parvenu à y faire allusion. À notre connaissance, seuls les Témoins de Jéhovah l'ont bannie de leurs Bibles. Comme elle est inauthentique, le mieux est de la barrer dans la sienne:
1. Jésus se rendit à la montagne des oliviers. 2. Mais, dès le matin, il alla de nouveau dans le temple, et tout le peuple vint à lui. S’étant assis, il les enseignait. 3. Alors les scribes et les pharisiens amenèrent une femme surprise en adultère ; 4. et, la plaçant au milieu du peuple, ils dirent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. 5. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes. Toi donc, que dis-tu ? » 6. Ils disaient cela pour l’éprouver, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus, s’étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre. 7. Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit : « Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. » 8. Et s’étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre. 9. Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu’aux derniers ; et Jésus resta seul avec la femme qui était là au milieu. 10. Alors s’étant relevé, et ne voyant plus que la femme, Jésus lui dit : « Femme, où sont ceux qui t’accusaient ? Personne ne t’a-t-il condamnée ? » 11. Elle répondit : « Non, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Je ne te condamne pas non plus : va, et ne pèche plus. » (Jean 8, 1–11)
Le marcionisme de la péricope est encore flagrant dans la partie de la phrase qui dit qu'il écrivait avec le doigt sur la terre. Elle signifie simplement que le Dieu Bon de Marcion (Jésus) est occupé d'écrire la Nouvelle Loi qui abolit la Torah. Ce passage correspond à Exode 31, 18:
Dieu donna à Moïse, lorsqu’il eut achevé de s’entretenir avec lui sur le mont Sinaï, les deux tables du Statut, tables de pierre, burinées par le doigt de Dieu.
Rappelons que d'après Marcion, le texte de Matthieu 5, 17–20 aurait été trafiqué par des judaïsants, et que donc Jésus n'aurait pas dit
Ne croyez pas que je sois venu abolir la loi ou les prophètes: je ne suis pas venu abolir mais accomplir.
Mais, toujours d'après Marcion, Jésus aurait en réalité dit:
Ne croyez pas que je sois venu accomplir la loi, je suis venu abolir la Loi.
D'après Boismard, le style s'apparente à celui de Luc, ce qui pour nous signifie bien entendu  Marcion...
Bref, une fausse péricope.


2 commentaires:

  1. Dans le contexte d'un texte littéraire, que veulent dire "vrai" et "faux" ? Car nous ne sommes pas ici en présence de récits historiques (auxquels on aurait ajouté des passages ne reflétant pas ce qui s'est passé), mais de textes composés par des auteurs (et sans doute remaniés par la suite !) en vue de transmettre un message, un enseignement. "Vrai " ou "authentique" signifierait alors "écrit par l'auteur d'origine" et "faux" ou "inauthentique" signifierait "ajouté par un auteur secondaire". Les textes bibliques ayant été si souvent modifiés en fonction des opinions et des intérêts de divers groupes, difficile de savoir ce qui est d'origine et ce qui a été ajouté. La version de Marcion pourrait bien être l'originale, et les autres, des altérations.

    RépondreSupprimer
  2. Marcion n'a jamais nié avoir bénéficié d'une copie des évangiles qui avait été, à ses yeux, remaniée par des Judaïsants... Il n'a consérvé que l'Évangile de Luc, qu'il a prétendu avoir épuré. Il est curieux que c'est dans l'Évangile de Luc que l'on retrouve le plus de péricopes de rupture avec le Judaïsme, comme Le Mauvais Juge, ou d'autres.
    Dans l'évangile de Jean, on sent les réécritures antisémites, mais pas l'insertion de péricopes marcionites, excepté la femme adultère.

    RépondreSupprimer